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Les partenariats éducation-culture

Allocution de Catherine Trautmann, Ministre de la Culture et de la Communication,
le 9 avril 1999, lors de la présentation, avec Claude Allègre, « d'actions nouvelles prioritaires ».

Cher Claude Allègre, Mesdames et Messieurs,

Nous voici à nouveau réunis, autour de thèmes qui nous sont chers et qui nous rapprochent. Mais aujourd'hui, c'est l'ensemble de notre politique commune en matière d'art et de culture dont nous souhaitons vous entretenir. Beaucoup de chemin a été parcouru depuis notre rencontre de Vaison-la-romaine, le 1er juin 1998. Parmi les avancées significatives, je citerais :

- les deux circulaires que nous avons signées conjointement avec notre collègue Ségolène Royal, en juillet dernier, qui ont fixé les grandes lignes de notre coopération ;
- les chartes de service public, déjà élaborées dans le secteur du spectacle, en cours d'élaboration dans le secteur des arts plastiques, inscrivant l'éducation artistique comme une priorité d'action pour les institutions culturelles ;
- la charte pour la réforme du lycée, de son côté, qui doit répondre à la forte demande de pratique artistique formulée par les élèves.

Je voudrais essayer de dégager ce qui fonde aujourd'hui notre coopération et les orientations nouvelles que nous nous sommes données.

C'est l'éducation culturelle qui nous rassemble, qui est notre premier devoir. Au-delà des formations initiales, l'ouverture aux enseignements artistiques permet à l'enfant de mieux réfléchir, d'adapter sa personnalité ou la modifier. Et c'est dans ce cadre que l'art prend une fonction essentielle. L'artiste en effet commence par apprendre patiemment un ensemble de pratiques de métier, de techniques et savoir-faire, et cela non seulement afin de les reproduire mais bien plus de les réinventer.

L'éducation artistique propose de suivre ce double cheminement, car elle est à la fois initiation aux règles de l'art, mais aussi source de créativité. Elle situe et fait comprendre l'imagination et la singularité des artistes. Elle permet à l'enfant d'affirmer son originalité et d'épanouir sa personnalité.

Pour me résumer d'une formule, je dirais que l'éducation culturelle donne sens au monde tel qu'il est, et que l'éducation artistique ouvre au monde tel qu'il pourrait être. On a compris que ces deux voies sont indispensables et complémentaires, et cela à l'intérieur même de la formation générale, pour tous nos enfants. C'est le premier axe de notre collaboration.

Le second est notre exigence commune de démocratisation, c'est une mission primordiale que nous souhaitons affirmer.

La démocratisation concerne l'accès de tous les jeunes aux arts et à la culture, d'une part, la réduction des facteurs qui entravent cet accès, mais aussi, l'ouverture à la diversité des expressions culturelles et artistiques.

Depuis de nombreuses années un grand nombre de dispositifs expérimentaux ont été mis en oeuvre. La plupart se sont révélés d'excellente qualité, et se sont développés au fil du temps. Ils constituent aujourd'hui un ensemble de référence indiscutable. Malheureusement, ils sont demeurés très limités.

Il nous faut aujourd'hui aller au-delà de l'expérimentation et se fixer un objectif de généralisation chaque opération envisagée, et nous en donnons aujourd'hui quelques exemples, doit désormais être conçue d'emblée comme susceptible de concerner tous les jeunes scolarisés, en vérifiant que la ressource nécessaire en moyens, en personnes, et en services, est disponible et accessible.

Cette nouvelle politique, j'en ai conscience, est partiellement en rupture avec celles qui ont été menées jusqu'à présent. Mais notre devoir est de répondre à l'attente des jeunes. Celle-ci s'est exprimée au cours de la consultation nationale qui a été conduite, à la demande de Claude Allègre, par Monsieur Philippe Meirieu. Elle se met en œuvre également tous les jours, au travers du développement considérable des pratiques en amateurs des jeunes. Ces dernières s'inscrivent dans les champs artistiques classiques, mais aussi en dehors d'eux, dans des formes d'expression actuelles que nous devons accueillir. Je voudrais dire à cet égard que, contrairement à bien des idées reçues, la plupart de ces jeunes ne sont pas hostiles à l'entraînement assidu, ni à l'apprentissage de ces règles de l'art, que je viens d'évoquer. Bien au contraire, nombre d'entre eux, dans les pratiques qu'ils développent par goût, montrent une constance, une discipline et une rigueur remarquables.

Il nous incombe de suivre cet élan, d'ouvrir les champs disciplinaires et de favoriser leur rencontre. Tel est le sens des nouveaux ateliers d'expression artistique qui vont s'ouvrir progressivement dans tous les lycées.

Mais il ne s'agit pas de mettre en place des groupes ou des clubs de loisir. Notre rôle est de fournir aux jeunes, lorsqu'ils le demandent, des outils, des conseils, de la formation, de l'encadrement, ou des partenaires.

Pour atteindre cet objectif, et sur la totalité des établissements d'enseignement, notre priorité d'action est aujourd'hui la formation, initiale et continue, des enseignants et des intervenants. Cette formation doit pouvoir s'adresser à toutes les disciplines, et s'orienter dans les deux directions que j'évoquais à l'instant : l'éducation culturelle et l'éducation artistique.

Chaque enseignement disciplinaire possède en effet, à côté des contenus positifs qu'il transmet, une dimension culturelle dont il est tributaire, qui adjoint du sens à son utilité technique, et le rapproche de la vie. Comme l'écrit Erwin Schrödinger : « Toutes les découvertes, même les plus ésotériques et d'avant-garde, perdent leur sens en dehors de leur contexte culturel ». L'histoire, nous le savons, a partie liée avec le devoir de mémoire, les sciences de la vie avec la bioéthique, la philosophie avec la politique, la littérature avec la liberté d'expression. Il me paraît essentiel aujourd'hui que nos institutions culturelles aident les enseignants à mettre en valeur cette dimension culturelle.

J'ai donc inscrit l'appui à la formation des enseignants comme l'axe majeur de la politique d'éducation culturelle et artistique que mène mon ministère. Les directions régionales des affaires culturelles ont signé, ou élaborent, des conventions de partenariat avec les instituts universitaires de formation des maîtres, par lesquelles elles mettent leurs ressources à la disposition d'actions de formation. Par ailleurs, des stages d'enseignants ou de futurs enseignants dans des entreprises culturelles seront encouragés et multipliés.

D'autres actions de formation se mettent en place, destinées cette fois aux étudiants des écoles d'art. Des modules spécifiques vont permettre de les sensibiliser à l'intervention en milieu scolaire, et de leur indiquer les méthodes et les types de partenariat qu'ils peuvent, s'ils le souhaitent, engager avec les enseignants. Plusieurs écoles d'art vont se jumeler avec des lycées professionnels, afin d'y organiser des ateliers conduits par des artistes ou des étudiants en fin d'études. Par ailleurs, les centres de formation des musiciens intervenants vont continuer à se développer sur l'ensemble des sites universitaires, et s'ouvriront à la formation continue des intervenants déjà en activité dans les écoles. Enfin, un programme lancé en 1997 et permettant à de jeunes architectes d'intervenir en milieu scolaire, est étendu cette année à 17 académies.

Bien d'autres actions sont engagées, qui toutes ont pour but de renforcer les actions de partenariat et la qualification des enseignants.

Ils ont d'ores et déjà une fonction essentielle : ce sont eux qui conseillent ou organisent les sorties des élèves dans les institutions culturelles. Ce sont eux qui nouent des partenariats avec des acteurs de la culture dans les procédures conjointes actuellement à l'oeuvre.

Notre ambition est aujourd'hui de leur offrir les moyens, par ces actions de formation appropriées, par le soutien actif de nos institutions, de devenir, quelle que soit leur discipline, de véritables intermédiaires entre leurs élèves et les oeuvres d'art ou les objets de culture. C'est à cette condition que tous les jeunes scolarisés auront accès aux pratiques culturelles et artistiques. C'est à cette condition que toutes les écoles s'ouvriront pleinement à leur environnement culturel.

Mais il faut pour cela non seulement des hommes et des femmes, mais aussi des moyens et des locaux adaptés.

Des ensembles cohérents d'outils pédagogiques, élaborés conjointement par nos services, s'étendent peu à peu à tous les champs culturels. Par ailleurs, nous allons constituer dans chaque académie, des guides et des répertoires qui permettront aux enseignants d'identifier et de mobiliser les ressources culturelles locales.

D'autre part, j'ai noté avec plaisir que le fonds d'aménagement de 4 milliards de francs, par lequel le ministère de l'éducation nationale compte aider à la construction scolaire, permettra aux collectivités territoriales d'aménager des espaces de pratique artistique et culturelle dans les établissements. Mes services sont prêts à leur fournir, en tant que de besoin, des conseils techniques permettant de concevoir et d'équiper ces locaux en bonne adéquation avec les pratiques qui s'y dérouleront.

Les universités et les établissements d'enseignement supérieur sont particulièrement désignés pour devenir des lieux de vie et des foyers culturels actifs. Un certain nombre d'instituts de formation des maîtres ont d'ores et déjà ouvert des espaces de pratique et engagé des politiques culturelles dynamiques. Des services culturels se mettent en place peu à peu dans les universités. Je souhaite qu'ils se généralisent dans le cadre des volets culturels des contrats quadriennaux. Ils sont en effet des interlocuteurs indispensables pour les directions régionales des affaires culturelles afin d'élaborer et piloter des actions communes qui tiennent compte tant de la politique de l'université que de la demande étudiante. Sur le plan de la formation et de la recherche, des liens plus étroits se tissent entre universités et établissements culturels. Ainsi, à partir de cette année, les diplômes nationaux des deux premiers cycles des écoles d'architecture sont co-habilités par les deux ministères. Par ailleurs, dans plusieurs écoles d'architecture, des laboratoires de recherche sont membres d'unités mixtes de recherche avec le CNRS et l'Université.

Je ne voudrais pas terminer ce propos sans évoquer deux projets qui me tiennent particulièrement à cœur, dans la mesure où ils répondent à une urgence sociale tout en s'inscrivant dans la perspective de généralisation qui est aujourd'hui la nôtre : la musique à l'école élémentaire, l'éducation à l'image et la sensibilisation à l'espace environnant.

Depuis un an, des rapprochements entre écoles de musique et écoles élémentaires se développent. Grâce à ces rapprochements, que nous allons vigoureusement continuer à encourager, tous les enfants bénéficieront d'un enseignement de qualité, de même niveau que celui des écoles de musique.

Par ailleurs, nos enfants sont plongés très précocement dans le monde des images, notamment dans celles du petit écran auquel ils consacrent en moyenne 21 heures par semaine. Il nous appartient de les aider à mieux déchiffrer les messages de toute nature qu'elles véhiculent, des meilleurs aux pires. Il nous appartient aussi de leur donner des repères afin de goûter les richesses de la création cinématographique et audiovisuelle.

Enfin, depuis dix ans, le partenariat entre nos deux administrations s'est développé au travers de dispositifs qui aident les élèves à découvrir les oeuvres cinématographiques. Il doit aujourd'hui s'atteler à des tâches plus vastes. Pour cela nous avons décidé de généraliser une éducation à l'image dès la maternelle, et cela dans trois directions. Une éducation critique qui donne des outils de lecture, ce qu'on pourrait appeler une « grammaire » de l'audiovisuel. Une éducation esthétique et culturelle qui s'appuie sur la découverte des oeuvres du patrimoine cinématographique et audiovisuel. Enfin une éducation pratique qui encourage les enfants à s'exprimer avec les images et les sons.

D'ores et déjà, nous créons une collection de vidéo et des catalogues de ressources, grâce à l'appui des pôles régionaux images développés par le Centre national de la cinématographier Et, pour que les oeuvres puissent circuler sans entraves dans les écoles, nous mettons en place une commission nationale chargée de trouver une solution à la question préoccupante du « piratage », afin que soient respectés les droits matériels et moraux des ayants droit, ainsi que la liberté pédagogique des enseignants.

Je demande également aux stations régionales de France 3, dans le cadre de la réflexion qu'elles conduisent actuellement, de développer des échanges avec le système éducatif afin que la télévision, lieu par excellence de production et de diffusion de l'image, joue le rôle qui lui incombe dans l'éducation artistique et culturelle des jeunes.

Enfin, un conseil national de l'éducation à l'image, réunissant nos ministères, les chaînes publiques et des spécialistes, sera créé pour conduire l'action publique.

L'ensemble des actions culturelles en direction du public scolaire et universitaire mobilise près de 100 MF de crédits répartis entre les directions régionales des affaires culturelles. Au titre du présent budget 12 MF de mesures nouvelles sont allouées aux opérations de sensibilisation des plus jeunes et aux programmes de musique à l'école.

J'entends affirmer ce choix pour l'an 2000 ; mon ambition est d'augmenter de 20 % cette contribution pour développer en priorité les actions culturelles à l'université, dans les Instituts universitaires des formations des maîtres et dans les écoles.

Avec cet Institut National d'Histoire de l'Art, il s'agit pour nos deux ministères, de doter enfin l'histoire de l'art en France d'un lieu de recherche d'autorité internationale, pourvu de l'ensemble des outils de recherches indispensables dont elle a jusqu'ici cruellement manqué. Cet Institut, c'est sa vocation, saura dépasser le morcellement administratif et disciplinaire qui a tellement nui à la recherche en ce domaine. S'agissant d'histoire de l'art, la plus étroite collaboration entre nos deux ministères s'imposait intellectuellement depuis toujours : aujourd'hui nous l'inscrivons dans le concret de ce nouvel établissement tant attendu.

À côté d'un ensemble de formations d'enseignement doctoraux et d'équipes de recherche, il comportera la constitution d'une grande bibliothèque de références de plus d'un million de volumes, organisée autour de la superbe Salle Labrouste, où se réuniront la bibliothèque Doucet, la bibliothèque des Musées de France et celle de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts. Nous y créerons aussi une grande iconothèque documentaire.

L'Institut National d'Histoire de l'Art est destiné à former, avec les départements spécialisés de la BNF restés sur le site Richelieu, et qui se réorganiseront autour de la salle ovale, un ensemble administrativement pluriel mais intellectuellement cohérent, auquel participera également l'Ecole Nationale du Patrimoine qui sera relogée dans le bâtiment de la rue Vivienne.

Je ne doute pas que l'Institut National d'Histoire de l'Art, qui prendra en compte l'ensemble des disciplines artistiques, permettra à la fois un nouvel essor des recherches et une démocratisation de l'accès à la recherche et, partant, aux œuvres elles-mêmes.





 

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