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Protocole
d'accord sur l'enseignement supérieur
Relatif aux
enseignements artistiques et à la mission culturelle des établissements
publics d'enseignement supérieur
Allocution prononcée
le 14 janvier 2002 par Jack Lang, Ministre de l'Éducation nationale,
lors d'une conférence de presse conjointe avec Catherine Tasca,
Ministre de la Culture et de la Communication, pour la présentation
du Protocole constituant le deuxième volet du Plan pour les arts
et la culture à l'école.
Ce 2ème volet du plan
Arts et Culture pour les enseignements supérieurs complète
le premier volet du Plan pour les Arts à l'Ecole présenté
le 14 décembre 2000. Une nouvelle étape est franchie pour
le développement des arts et de la culture, que les établissements
d'enseignement supérieur auront à mettre en uvre
dans le cadre de leur autonomie.
C'est un enjeu essentiel pour :
- l'avenir de nos étudiants,
- la qualité et le dynamisme de la vie culturelle et artistique de notre
pays,
- sa place dans l'Europe des enseignements et de la culture.
En premier lieu, nous avons
à répondre à l'engouement des étudiants qui cherchent dans les arts
et la culture un espace d'expression personnelle, des repères et des
valeurs. Cet engouement s'exprime par le foisonnement d'initiatives
étudiantes, une forte demande d'activités culturelles et un accroissement
continu (+ 17%) des effectifs dans les filières artistiques et
culturelles.
Les étudiants qui ont choisi de s'orienter dans le domaine des arts
et de la culture doivent le faire dans le cadre de cursus lisibles.
Les disciplines artistiques, encore jeunes au regard de la tradition
universitaire, ont contribué à renouveler la pédagogie et la réflexion
sur l'art.
Ces enseignements sont dispensés dans des établissements relevant du
ministère de l'Education nationale et d'autres du ministère de la Culture,
avec des méthodes et des objectifs différents : c'est une richesse que
nous devons mieux exploiter.
Ces évolutions exigent une
action résolue, concertée et prospective.
La loi de 1984 avait ouvert la voie à de multiples collaborations entre
différentes institutions relevant de nos deux ministères. Le Protocole
de coopération que nous signons marque un tournant décisif et trace
de nouvelles perspectives : il approfondit la concertation avec le ministère
de la Culture pour que les étudiants et les enseignants participent
pleinement à la construction de l'espace européen de l'enseignement
supérieur et de la culture.
Je
me félicite particulièrement de la mobilisation des présidents d'université
et je salue l'engagement résolu de Bernard Alluin et de Francine Demichel,
directrice de l'enseignement supérieur, qui ont permis cette avancée
significative. Je rends hommage enfin à l'équipe de la Mission de l'éducation
artistique et de l'action culturelle qui a tant fait depuis un an autour
de Claude Mollard.
Le plan de développement des arts et de la culture dans l'enseignement
supérieur répond à trois objectifs :
- Adapter les formations
aux évolutions du monde des arts et de la culture et aux attentes nouvelles
des étudiants,
- Mieux structurer
et développer la formation des enseignants et des formateurs pour accompagner
le 1er volet du Plan,
-
Accroître le rayonnement intellectuel, culturel et artistique de nos
établissements d'enseignement supérieur.
Je parlerai d'abord
I - des formations,
II - puis de la vie artistique et culturelle des établissements.
I - Les
formations artistiques et culturelles
L' offre actuelle de formation,
qui est de grande qualité, doit être mieux répartie sur l'ensemble du
territoire et se nourrir de la diversité de nos établissements et de
nos étudiants.
Je tiens d'abord à souligner
que les disciplines artistiques sont des sciences de l'expérimentation
qui articulent théorie et pratique. Elles nécessitent donc comme
les sciences de la matière ateliers, laboratoires
et, de plus en plus, technologies de pointe. Il n'y a, dans ce domaine,
ni formation ni recherche dignes de ce nom sans une pédagogie et une
technologie de la création.
Le travail remarquable
conduit par Claude Laugénie sur les normes San Remo va permettre à terme
une revalorisation sans précédent de la dotation théorique des filières
à composante artistique et littéraire. J'ai voulu que les premiers effets
de ce nouveau système de répartition se fassent sentir dès 2002. C'est
là une mesure d'équité trop longtemps différée. C'est l'opportunité
de donner à ces filières la capacité de se développer dans des conditions
favorables.
Je demande aux présidents
d'université et directeurs d'établissement de s'attacher plus particulièrement
aux 4 priorités suivantes :
1.
adapter les formations et la recherche,
2. affirmer la dimension professionnelle des enseignements artistiques,
3. favoriser les complémentarités entre les établissements sous tutelle
de nos ministères,
4. développer la formation des professeurs dans les disciplines culturelles.
1 - adapter
les cursus s'impose au regard des évolutions culturelles et des attentes
des étudiants
Les croisements entre les
arts qui marquent la création contemporaine rendent d'autant plus nécessaire
d'ouvrir nos disciplines, pour éviter une spécialisation excessive.
1.1. Je demande aux universités,
dans le cadre du nouveau système de crédits, de mettre
en place des cursus pré-licence bi ou pluridisciplinaires. Certaines
universités ont déjà pris en compte des convergences
nouvelles entre disciplines : langues ou lettres-théâtre,
histoire et lettres classiques-histoire des arts, musique-informatique,
cinéma-nouvelles technologies
A partir d'un socle solide
de connaissances générales, les étudiants pourront
ainsi diversifier leur parcours.
J'encourage donc les universitaires à imaginer des cursus qui offrent
aux étudiants des perspectives plus larges.
1.2. Ainsi, la filière histoire
de l'art doit s'adapter à une vision moderne des cultures du monde et
préparer les étudiants à différentes orientations dans le domaine du
patrimoine.
- La double formation histoire de l'art et droit, mise en place par
l'université Paris I, me paraît un excellent exemple.
- Parallèlement, la Direction de l'enseignement supérieur travaille
avec l'Ecole nationale du Patrimoine à organiser, dans certaines universités,
des préparations aux concours de conservateurs.
Plus largement, je souhaite
que l'histoire de l'art s'intègre dans la formation des professeurs
de l'enseignement secondaire.
Dans ce but, deux chemins seront empruntés :
- l'intégration de l'histoire de l'art dans un CAPES ou une agrégation.
Je demande au Haut Comité de suivi des concours présidé
par Marc Fort, d'étudier cette possibilité et de me faire
des propositions précises d'ici la fin du mois d'avril ;
- la création d'une certification complémentaire en histoire
de l'art qui, après le CAPES théorique, pourra être
validée au cours de la 2ème année d'IUFM.
Je rappelle par ailleurs que l'enseignement de spécialité
et l'option histoire des Arts, que j'ai mis en place en 1993, ont connu
un développement spectaculaire et sont appelés à
progresser encore. J'en fais une priorité au même
titre que les « Itinéraires de découverte »
au collège dans la prochaine circulaire de rentrée.
1.3. Dans le même esprit,
j'ai créé, dans les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE)
littéraires, des options en cinéma, théâtre et histoire des arts, comme
elles existent déjà en arts plastiques et en musique. Les étudiants
littéraires seront préparés aussi bien aux concours des ENS, aux concours
des écoles supérieures du ministère de la Culture, qu'aux concours de
professeurs.
Ces nouvelles options démarreront dès la rentrée prochaine dans certains
lycées où existent déjà ces options en Terminale ou en STS.
1.4. Pour la recherche, la
coopération engagée avec le ministère de la Culture en architecture
et en histoire de l'art doit maintenant s'étendre à l'ensemble des secteurs
culturels, depuis l'archéologie préventive qui constitue
un enjeu historique et scientifique essentiel jusqu'aux
technologies les plus sophistiquées.
- Le site achemenet.com, développé par le professeur Pierre BRIANT du
Collège de France qui nous accueille aujourd'hui, offre ainsi aux chercheurs
du monde entier un instrument scientifique unique, que chacun de nous
peut aisément consulter.
Seule une recherche
universitaire de pointe, qui s'appuie sur nos domaines d'excellence
dans le champ du patrimoine et de la création, donnera à nos institutions
leur pleine reconnaissance internationale.
C'est
l'objectif de l'Institut National d'Histoire de l'Art, dont le décret
constitutif vient d'être publié 20 ans après le rapport Chastel : François
Mitterrand avait alors décidé l'implantation de la BNF sur 2 sites,
Tolbiac et Richelieu pour les collections anciennes ; l'INHA concrétise
aujourd'hui cette ambition autour de fonds documentaires exceptionnels.
Cet établissement a pour vocation :
- de constituer et d'animer un réseau d'établissements au niveau national
et international,
- d'accompagner le travail de recherche d'étudiants avancés et de jeunes
docteurs,
- de favoriser les échanges scientifiques entre les universitaires et
les conservateurs et, notamment, l'Ecole Nationale du Patrimoine qui
sera associée à des formations doctorales.
J'ai demandé à Claude Mollard
de créer à la Villa Hériot, mise à la disposition du CNDP par la ville
de Venise, un site destiné à accueillir des historiens d'art, en collaboration
avec la Fondation Cini et l'Institut d'Architecture de Venise. Par ailleurs,
le projet de la Villa Finaly à Florence devrait progresser avec l'appui
des Présidents des universités parisiennes.
La
synergie entre la richesse du patrimoine, les sciences et la technologie
me paraît essentielle pour l'avenir.
- La Maison des sciences
de l'homme de Paris-Nord (universités Paris VIII et Paris XIII) ouvrira
de nouvelles perspectives de recherche interdisciplinaire autour des
arts et des industries culturelles.
- Un projet original d'Institut international de gestion du Patrimoine
fluvial est proposé par l'université de Tours et des collectivités territoriales
du Val de Loire classé « patrimoine mondial de l'humanité »
par l'UNESCO. Je propose que le ministère de la Culture soit associé
à ce projet.
Le ministère de l'Education
nationale soutiendra les projets de recherche développés par les universités
avec des écoles supérieures du ministère de la Culture. Aujourd'hui
plus que jamais, l'université tire sa force de l'interaction constante
entre la recherche et les enseignements à vocation professionnelle.
2. Affirmer
la dimension professionnelle dans les formations artistiques
Alors que la demande des
étudiants se dirige de plus en plus vers les filières des arts et de
la culture, ces professions évoluent et exigent des formations ciblées.
Dans
tous les cas, le choix professionnel se construit à partir d'une culture
universitaire et d'une spécialisation dans un domaine artistique ou
culturel ouvert, mais cohérent.
2.1. Ainsi, je pense que
les formations à la médiation, la gestion, l'ingénierie culturelles
constituent une spécialisation pour des jeunes gens déjà dotés d'un
solide bagage culturel et artistique et d'une bonne connaissance de
la réalité professionnelle.
La concertation régulière entre nos deux ministères vise à anticiper
ces besoins nouveaux en formation et à concevoir, avec les milieux professionnels,
les enseignements qui y répondront.
2.2. Il importe en effet
de proposer des formations adaptées à des métiers
précis aux deux niveaux privilégiés par l'architecture
européenne des diplômes.
- Notre responsabilité première est de nourrir un vivier
de jeunes professeurs d'arts plastiques et de musique qui renouvelleront
l'approche des arts chez les enfants en faisant appel à d'autres
pratiques, qu'il s'agisse de chant choral ou de création numérique.
- Dans tous les domaines culturels, les licences professionnelles offrent
aux étudiants des débouchés clairement identifiés.
Les exemples sont multiples : en danse, dans les secteurs du livre,
du multimédia, en design.
2.3. Une filière universitaire
en Design est en train de se constituer dans les différents types d'établissements
(universités, IUT et écoles d'ingénieurs) en liaison avec des écoles
d'art du ministère de la Culture et des professionnels .
- Je pense en particulier à l'Ecole des ingénieurs textile de Mulhouse
qui a mis sur pied une option très originale de création en collaboration
avec le magnifique Musée des Impressions sur étoffes.
Cette interaction entre les
arts et les techniques fonde aussi le projet de création de l'Institut
des hautes études du design, des arts et de la culture à
Fontenay-aux-Roses qui développera des formations de 3ème
cycle, au sein de l'université de Versailles Saint-Quentin. L'Institut
comprendra une deuxième entité destinée, sous la
tutelle du CNDP, à fédérer une trentaine de pôles
de ressources initiés par les deux ministères sur l'ensemble
du territoire, regroupant les compétences des IUFM, des CRDP
et des structures culturelles en matière de formation, de documentation
et de mise en réseau des « personnes ressources ».
A cet effet, la Direction de l'enseignement supérieur apporte un premier
crédit de 5 MF.
2.4. Au niveau du 3ème cycle,
il faut également offrir des formations plus larges dans les DESS à
vocation culturelle afin de faciliter l'adaptation des étudiants à des
métiers évolutifs. Le système européen des crédits permet de concilier
un enseignement universitaire de haut niveau et, éventuellement, un
stage plus long ou un séjour dans une université ou une entreprise culturelle
à l'étranger.
- Le DESS de valorisation du patrimoine cinématographique de Paris 8
en partenariat avec plusieurs universités européennes et qui organise
des stages dans des institutions cinématographiques de plusieurs pays
anticipe cette démarche. Dans tous les cas, l'expérience professionnelle
s'avère fondamentale et je remercie le ministère de la Culture de ses
propositions dans ce sens.
Je propose à
Catherine Tasca de réunir, dès le mois prochain, un groupe
de travail pour examiner les modalités d'attribution du grade
de mastaire aux diplômes délivrés à ce niveau
par les établissements d'enseignement supérieur qui sont
sous sa tutelle.
3. Favoriser
les complémentarités entre établissements relevant des deux ministères
au plan national et européen
Depuis cette année, l'accès
aux concours de recrutement de professeurs est ouvert aux étudiants
des écoles supérieures du ministère de la Culture, par les textes officiels,
- par exemple pour les diplômés de l'Ecole du Louvre.
- A l'inverse, nos étudiants passent avec succès les concours, également
très difficiles, des « grandes écoles » du ministère
de la Culture .
Mais
il faut approfondir ces complémentarités pour faciliter les échanges
et les parcours croisés, adaptés à des itinéraires singuliers, et la
mobilité des étudiants en Europe.
3.1. Je souhaite, d'abord,
favoriser les passerelles entre les filières artistiques et culturelles
des universités et les établissements d'enseignement supérieur du ministère
de la Culture. Des échanges ont déjà lieu entre établissements, dont
les modalités sont fixées par convention, avec en général une année
d'adaptation pour les étudiants.
Nous
pouvons désormais aller plus loin :
- grâce au système des crédits transférables (ECTS)
- et au dispositif de validation des études et des acquis de l'expérience,
prévu par la loi de modernisation sociale.
Les étudiants peuvent aujourd'hui se réorienter, prolonger ou reprendre
des études. C'est un progrès considérable pour l'accès à la connaissance
et à une meilleure qualification.
3.2. Dans cette perspective,
j'incite les universités et les écoles d'ingénieurs à se rapprocher
des écoles supérieures du ministère de la Culture pour imaginer des
cursus originaux, des aménagements d'horaires, voire des enseignements
communs.
Je pense par exemple :
- au double cursus mis en place à Lyon par les universités et le Centre
National de la Danse,
- à la licence de musique d'Evry entre l'université et le conservatoire,
cursus ouverts à de jeunes professionnels.
D'autres convergences sont possibles, dès le premier cycle, notamment
entre les départements de théâtre et les conservatoires ou les institutions
de création.
Les établissements
peuvent aussi s'associer pour construire en partenariat, des diplômes
de 3ème cycle qui répondent à des besoins professionnels.
C'est le cas du projet de formation à la dramaturgie et la mise en scène,
sur lequel travaillent le département d'Etudes Théâtrales de l'université
de Nanterre et Jean-Louis Martinelli, directeur du théâtre des Amandiers.
3.3. Des pistes fécondes
restent à explorer, au carrefour des enseignements, de la recherche
et de la création.
- Ainsi, à Tourcoing, l'université Lille III et l'école
d'art, non seulement disposent d'une bibliothèque commune, mais
organisent pour leurs étudiants des passerelles d'un cursus à
l'autre au sein d'un « pôle Arts plastiques ».
Cette initiative de mise en réseau préfigure une démarche qu'il convient
d'encourager. Une réflexion plus globale devrait s'ouvrir sur ce sujet
dans la région Nord Pas-de-Calais.
Nos étudiants
ont tout à gagner des échanges de compétences entre
chercheurs, créateurs et professionnels de la culture dans le
cadre de « pôles conjoints de formation supérieure »
autour des arts et de la culture.
Je souhaite donc que
les recteurs se rapprochent des DRAC et des collectivités territoriales,
pour proposer des projets de développement conjoint.
3.4 J'invite les directeurs
d'IUFM à jouer un rôle actif dans cette coopération
entre établissements d'enseignement supérieur, notamment
pour la formation de professionnels qui souhaitent initier des enfants
à la pratique de leur art.
Les IUFM ont en effet vocation à organiser, en réseau avec les autres
établissements d'enseignement supérieur, des formations pour les professeurs
et les personnels concernés dans les deux ministères.
Ainsi, à l'université de Nanterre, les départements
de Lettres et Arts du spectacle et le pôle Métiers du livre
ont imaginé « Le Carrefour des écritures » :
des ateliers conduits par des écrivains sont proposés
aux étudiants comme aux enseignants en formation initiale ou
continue des 3 IUFM d'Ile de France. Voilà une belle initiative
de ces établissements.
D'autres projets sont en chantier pour la littérature et la poésie
(à Paris XIII et Clermont-Ferrand), le patrimoine (à Orléans),
le spectacle vivant (en région Provence Alpes Côte d'Azur)
Il
convient de répartir ces actions de manière harmonieuse sur l'ensemble
du territoire, en liaison avec le ministère de la Culture et les collectivités
territoriales.
3.5. Les professionnels qui
souhaitent s'investir dans l'éducation artistique peuvent compléter
leur parcours personnel à l'université. C'est l'objectif
de plusieurs licences professionnelles en partenariat :
- sur l'analyse du mouvement dansé, organisée par l'université Paris
VIII et le Centre National de la Danse,
- sur la transmission théâtrale à l'université Paris III,
- ou pour les pratiques chorales collectives à l'université de Toulouse,
afin d'accompagner le plan de développement des arts à l'école.
La
collaboration entre les universités, les IUFM, les écoles et grandes
institutions de la Culture est un atout majeur, en particulier pour
la formation des artistes et des professeurs.
4. Développer
la formation des professeurs dans les disciplines culturelles
Les IUFM constituent la
clé de voûte de la généralisation de l'éducation artistique et culturelle.
Je leur demande de s'attacher à 3 objectifs prioritaires :
- la mise en place des « dominantes Arts et Culture »
en formation initiale,
- une formation obligatoire aux arts et à la culture pendant la scolarité
à l'IUFM,
- le développement de la formation continue des formateurs qui permettra
de démultiplier rapidement les expériences les plus abouties.
4.1. Forts de leur expérience,
plus des trois-quarts des IUFM ont ouvert, dès la rentrée, des formations
à dominante dans les différents secteurs des arts et de la culture.
Je me réjouis de l'engagement qu'ont ainsi manifesté les directeurs
d'IUFM.
4.2. Certains ont pris l'initiative
d'aller plus loin et d'organiser des formations spécifiques :
- formations au partenariat et à l'environnement culturel qu'il
faudrait généraliser en liaison avec les classes à
« projet artistique et culturel » ;
- approfondissement dans tel ou tel champ disciplinaire :
à Lille sur le chant choral ;
à l'IUFM de Bretagne, une option cinéma/audiovisuel
en partenariat avec l'université, la DRAC et les collectivités
territoriales. La méthode me semble excellente.
à Lyon, une formation dans le domaine de la littérature
de création.
La Direction de l'enseignement supérieur accompagnera le développement
de ces projets dans le cadre des contrats ou éventuellement par avenant.
4.3. L'introduction de certifications
complémentaires
Sous des apparences
modestes, une évolution considérable de la formation des
enseignants est en cours. Sa mise en uvre institutionnelle est
en marche. J'en ai déjà parlé plus haut à
propos de l'enseignement de l'histoire de l'art, mais j'y reviens parce
que l'enjeu est d'importance.
Il s'agit d'acter un principe de bon sens : faire en sorte que tout
enseignant qui cultive une compétence particulière dans un domaine non
couvert par les disciplines scolaires classiques, puisse voir cette
compétence reconnue. Cette compétence n'est pas « accrochée »
à une discipline particulière. Elle ne créera aucun droit et sera librement
utilisée. Les domaines concernés sont divers, mais les arts forment
les gros bataillons : l'histoire de l'art, mais aussi le théâtre,
le cinéma, la danse, etc.
Sans dévoiler totalement ce que les directions concernées sont en train
de construire, le dispositif envisagé sera original pour prendre en
compte la pluralité des qualités et des talents. La préparation de cette
certification complémentaire se fera à l'université. Sa validation relèvera
d'un jury spécialisé mis en place à la fin de la formation en IUFM.
Bien entendu, les professeurs actuellement en activité pourront bénéficier
de cette validation.
4.5. Par ailleurs, beaucoup
d'artistes éminents m'ont fait part de leur désir de transmettre leur
expérience du métier de créateur aux futurs professeurs. Je les en remercie
chaleureusement. Ils pourront compter sur l'appui de la Mission de l'éducation
artistique et de l'action culturelle qui les aidera à organiser des
actions de formation ou des résidences d'artistes dans les IUFM.
La mobilisation de tous les talents est une source de richesse pour
la généralisation de l'éducation artistique.
II - La
vie artistique et culturelle
De nombreux établissements
ont développé depuis plusieurs années une politique culturelle active
et inventive. Que les Présidents me pardonnent de ne pas citer toutes
les universités qui uvrent dans ce sens. Un document sera prochainement
disponible, qui recensera l'ensemble de ces actions.
Nous devons amplifier ces initiatives par une mobilisation accrue de
l'ensemble de la communauté universitaire (étudiants, enseignants, personnels)
et de ses partenaires, les DRAC, les CROUS, et les collectivités territoriales.
Je souhaite que chaque établissement d'enseignement supérieur
inscrive au cur de son projet, une politique culturelle cohérente
et ambitieuse :
- articulée à la formation et à la recherche propres à l'identité de
l'établissement,
- en prise directe sur son environnement, dans une logique territoriale.
Dans le cadre des contrats
quadriennaux que l'Etat passe avec les établissements, le ministère
de l'Education nationale contribuera à part égale aux crédits consacrés
par les universités à leurs projets culturels.
Pour marquer cette volonté dont je fais une priorité, j'ai prévu l'inscription
de mesures nouvelles dans le budget 2002 :
- 12 MF sur le volet culturel des contrats des universités, pour
soutenir les initiatives des étudiants et les projets culturels
(ateliers, résidences d'artistes, manifestations, cartes culture
).
Cette augmentation représentera à terme une hausse de
48 millions de francs pour l'ensemble des établissements.
- Certains projets particuliers des établissements hors-contrat pourraient
bénéficier d'un soutien spécifique dès 2002.
- Par ailleurs, le CNDP, dans le cadre de ses nouvelles missions, réservera
une enveloppe de 5 MF pour des manifestations culturelles et des résidences
d'artistes.
Cet effort budgétaire
sans précédent doit permettre aux Présidents et
Directeurs d'établissement de renforcer leur service culturel.
C'est un outil indispensable pour favoriser les décloisonnements
à l'intérieur de l'université et l'ouvrir sur son
environnement.
Un certain nombre d'universités ont institué une « commission
culturelle ». Ce lieu d'échanges et de propositions
permet aux différents acteurs de la communauté universitaire
et à leurs partenaires privilégiés de construire
ensemble la politique culturelle de l'établissement.
3 priorités se dégagent :
1. Développer les pratiques artistiques et culturelles,
2. Inscrire l'université dans la vie artistique et culturelle
de la cité,
3. Construire une architecture universitaire adaptée aux pratiques
artistiques et culturelles.
1. Développer
les pratiques artistiques et culturelles des étudiants
C'est une condition essentielle
du dynamisme de la vie culturelle de l'établissement.
1.1. Je souhaite, en premier lieu, susciter les initiatives des étudiants
et accompagner leurs projets.
- Le fonds d'aide à la vie étudiante doit sans doute, plus encore que
par le passé, contribuer à valoriser les initiatives des étudiants.
- Aujourd'hui, 25 % environ des établissements prennent en compte,
de différentes manières, les pratiques artistiques et
culturelles des étudiants. L'intégration de ces activités
dans les cursus sous forme d'unités d'enseignement libres ou
de découverte les inscrit au cur du parcours de formation.
1.2 Les professionnels des
arts et de la culture doivent être largement associés à
la vie culturelle des établissements, notamment dans le cadre
de résidences d'artistes. Il est en effet indispensable de faciliter
leur présence aux côtés des étudiants et
des équipes enseignantes pour accompagner les pratiques amateurs
ou conduire des ateliers et des expériences de création
inscrites dans les formations. Le ministère de l'Education nationale
étudie donc comment modifier les textes qui régissent
les modalités de leur recrutement afin de définir des
règles plus claires qui seraient applicables dès la rentrée
prochaine.
Je voudrais souligner ici l'immensité du travail accompli dans
ce sens depuis 12 ans par l'Académie Expérimentale des
Théâtres dirigée par Michelle Kokosowski. Cette
année, les « Arts de la scène à l'Université »
ont ouvert un espace de réflexion et d'échanges entre
le monde du théâtre et les universités. Le dépôt
à l'IMEC (Institut Mémoires de l'Edition Contemporaine)
d'archives inédites offrira aux étudiants, aux chercheurs
et, plus largement, aux amateurs de théâtre l'accès
à toute cette expérience et cette mémoire vivantes
du théâtre contemporain.
1.3. Un nombre croissant
d'établissements organisent des manifestations de grande qualité
et même des semaines consacrées aux arts, à la culture,
à la science, au Printemps des poètes
à Orsay,
à Rennes, à l'IUFM de Besançon
J'invite les établissements à réaliser des projets
inter-universitaires qui rayonnent plus largement dans leur région
- comme viennent de le faire les 4 universités nouvelles d'Ile-de-France
sous le signe du cirque - ou nationalement - comme l'opération
« Campus Euro(pe) art » qui va démarrer
au début de l'année 2002.
2. Inscrire
l'université dans la vie culturelle et artistique de la cité
Il s'agit d'impulser un double
mouvement :
- faciliter l'accès des étudiants aux lieux culturels,
- ouvrir l'université à un public plus large.
2.1. Pour favoriser la fréquentation
régulière des lieux d'art et de culture, il faut généraliser le système
des « cartes culture », adopté par un certain
nombre d'universités. Leur efficacité n'est plus à prouver. J'invite
les établissements à imaginer des formules adaptées avec leurs partenaires
culturels et les collectivités territoriales. C'est l'une des priorités
du volet culturel des contrats.
2.2. Dans un sens inverse,
il faut ouvrir l'université à des usagers autres que les seuls étudiants.
L'université appartient à tous les citoyens : « l'université
de tous les savoirs », les universités inter-âge, attestent
de la curiosité intellectuelle d'un large public pour les derniers résultats
de la recherche dans tous les domaines : sciences, histoire, arts.
En ce début de XXIème siècle, l'éducation
tout au long de la vie est un défi majeur que nous avons à
relever.
Certains établissements
sont riches de collections d'uvres d'art, d'objets de culture,
voire de véritables musées. Leur mission muséographique
de conservation et d'animation sera encouragée au service de
la culture de tous. Des projets sont à l'étude : le musée
du Corps Humain à l'université Paris V, le très
beau projet du professeur René Frydman, la Cité des Naissances
et des Enfances, dont j'ai confié à Claude Mollard le
soin de tracer les perspectives.
Les universités vont s'adresser
de plus en plus aux citoyens par le biais de la télévision numérique.
Je souhaite que le recours aux nouvelles technologies pour diffuser
les connaissances se généralise. C'est la vocation de la chaîne Canal
U alimentée en programmes par les universités, des sites Internet à
vocation scientifique et culturelle, en particulier du CERIMES (Centre
de ressources et d'information sur les multimédias pour l'enseignement
supérieur). La direction de la technologie prévoit la création d'une
chaîne culturelle.
3. Construire
une architecture universitaire adaptée aux pratiques artistiques et
culturelles
Tout cela bien sûr exige
des locaux adaptés. Certes les étudiants déploient des trésors d'imagination
pour investir des lieux inhabituels qui peuvent susciter l'émergence
de nouvelles formes d'art et de convivialité.
Nos universités disposent de trop peu d'espaces pour la vie culturelle
des étudiants, en comparaison de nombreuses universités européennes.
3.1. Il s'agit de favoriser
les initiatives d'architecture culturelle dans les universités.
La construction d'équipements est encadrée par les schémas
U3M et les contrats de plan Etat/Région (CPER).
- Des opérations sont en cours : ainsi, l'université de Montpellier
3 va inaugurer un superbe théâtre.
- L'université de Marne-la-Vallée vient d'achever le bâtiment de l'Institut
Charles-Cros.
Néanmoins, trop de locaux
sont inconfortables ou inadaptés. Aussi je demande que la révision des
contrats Etat/Région contribue de manière décisive, dès 2003, à la construction
ou à l'aménagement de lieux culturels.
- Cela permettrait par exemple d'améliorer les locaux du département
d'Arts à l'université d'Aix-Marseille,
- Ou de restaurer enfin le très beau théâtre de
Nice.
Au-delà de la construction, il est essentiel de prévoir aussi le recrutement
de personnels expérimentés et les conditions de fonctionnement nécessaires
pour faire vivre ces lieux.
3.2. Les universités
devraient se saisir plus largement de la procédure du 1% affecté
aux commandes d'uvres d'art dans le cadre des marchés publics.
C'est ce que font avec une très grande réussite les universités
du campus grenoblois. D'un commun accord entre nos ministères,
une mission a été confiée à M. Norbert Duffort,
conseiller pour les arts plastiques au sein de la DRAC des Pays de Loire,
sur ce sujet.
Evidemment, de telles initiatives s'enrichissent de la collaboration
étroite entre nos ministères et les collectivités territoriales, partenaires
essentiels du développement culturel.
Conclusion
Le Plan Arts et Culture que
nous avons annoncé, il y a un an, pour les écoles, les
collèges et les lycées trouve aujourd'hui son aboutissement
dans l'enseignement supérieur.
Les établissements d'enseignement supérieur, foyers actifs
de transmission des savoirs, mais aussi de recherche, de création
et de rayonnement culturel, ont un rôle essentiel à jouer
pour :
- la qualité de la vie culturelle, professionnelle et personnelle
des étudiants,
- la construction d'un espace européen où l'accès
à la connaissance, aux arts et à la culture soit une réalité
pour chacun tout au long de la vie.
Je profite de cette occasion pour vous annoncer que le Salon des Arts
à l'école, qui se tiendra du 13 au 17 mars à Montreuil,
illustrera la cohérence de cette politique de la maternelle à
l'université. Il présentera sur un premier plateau les
outils pédagogiques des éditeurs privés et ceux
du réseau CNDP-CRDP, réseau qui prendra prochainement
le nom de SCEREN dans le cadre de la réforme entreprise par Claude
MOLLARD : SCEREN, comme Service Culture, Editions, Ressources de
l'Education Nationale. Un service public ouvert non seulement à
la documentation pédagogique mais aussi à l'action culturelle,
aux éditions multimédia et au développement des
ressources les plus diverses. Il interviendra non seulement dans l'enseignement
scolaire mais aussi dans l'enseignement supérieur.
Le salon offrira aussi un deuxième plateau consacré aux
actions conduites dans les classes et réparties entre les douze
domaines des arts et de la culture. Ce nouveau salon sera une nouvelle
occasion de collaboration entre les deux ministères de la Culture
et de l'Education nationale.
Le salon des arts à l'école montrera la cohérence
qui unit le plan des arts à l'école et le plan des arts
à l'université : ne serait-ce que pour assurer que les
enseignants du premier et du second degré recevront de plus en
plus à l'université des formations ouvertes sur les arts
et la culture. Telle est notre ambition.
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