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Les partenariats éducation-culture

Allocution de Claude Allègre, Ministre de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie, le 9 avril 1999, lors de la présentation, avec Catherine Trautmann, « d'actions nouvelles prioritaires ».

Mesdames et Messieurs,

Le tandem que nous formons avec Catherine Trautmann démontre en effet qu'en matière d'éducation artistique et culturelle, nos deux ministères sont indissociables. Depuis près de deux ans, nous travaillons la main dans la main pour développer un certain nombre de domaines d'enseignement et de recherche et nous avons demandé à un groupe de pilotage interministériel de nous faire des propositions concrètes dans les domaines où nous intervenons de concert. Je sais que la démocratisation de la culture constitue l'une des priorités de Catherine Trautmann, et qu'elle insiste sur le fait que cette démocratisation passe avant tout par l'école. Cette conviction, que je partage naturellement avec elle, a grandement facilité notre collaboration et permis de prendre des mesures importantes.

Je souscris totalement aux propos de Catherine sur l'importance fondamentale de l'éducation artistique et culturelle. J'ai eu l'occasion de le réaffirmer à maintes reprises, et encore tout dernièrement à ses côtés, à l'occasion du lancement du « Printemps des Poètes » qui n'a pu être réalisé que grâce à l'égal soutien de nos deux ministères. C'est aussi la raison pour laquelle j'ai décidé que, parallèlement à la dissertation, l'on continuerait à faire des « rédactions » ou des « essais » au lycée, afin d'encourager le plaisir d'écrire spontanément.

Le développement de l'imagination, de la sensibilité, du rêve, de la délectation, de la créativité individuelle ou collective font en effet partie de la vocation de l'école tout autant que l'acquisition des savoirs. Les enseignants le savent bien, et les cloisonnements artificiels entre le monde de l'éducation et de la culture sont heureusement loin d'être étanches, comme le démontrent les actions menées dans de très nombreux établissements scolaires et universitaires qui organisent des visites de musées, des expositions, des concerts, des représentations théâtrales, des ateliers audiovisuels, etc., en faisant appel à des artistes.

De même, de nombreux enseignants ont réalisé des programmes exemplaires. Ainsi « Danse au Coeur », qui présente chaque année depuis 14 ans à Chartres 40 chorégraphies d'élèves avec des compagnies professionnelles, ou, dans le domaine de l'audiovisuel, les programmes « Collège et Cinéma », « École du Cinéma », « Les Ailes du désir », qui développent le goût et l'approche raisonnée du septième art ; ou encore « les Enfants de la Zique », la biennale « Théâtre Jeune Public » de Lyon organisée avec France Culture, l'Artothèque du lycée Antonin Arthaud de Marseille, l'association « Musiques Vivantes » de l'Allier, celle du « Théâtre pour l'enfance et la jeunesse », des « Conjurations plastiques » de l'Indre ; ou encore la collaboration de la Maison du Geste et de l'Image avec les écoles, les interventions de la Maison des Ecrivains, et le remarquable programme organisé par l'Opéra Bastille, qui a mis en place un programme intitulé « Dix mois d'école à l'Opéra » qui s'adresse en priorité aux jeunes scolarisés en zone d'éducation prioritaire et qui s'est révélé si efficace dans les académies franciliennes qu'il va s'étendre à toutes les régions de France en partenariat avec notre ministère. Et pas plus tard que dans son numéro daté d'aujourd'hui, le Monde consacre un reportage aux « petits parcours » des Beaux-Arts de Nancy où l'Éducation Nationale organise des stages d'élèves et des formations d'enseignants, ainsi qu'au remarquable atelier pédagogique créé dans une petite ville des Alpes-Maritimes dans le but de former des « citoyens créatifs ». J'y lis également avec grand intérêt que les lycées agricoles et technologiques sont particulièrement intéressés par des jumelages avec les centres d'art.

Je n'oublie pas non plus les universités où des enseignants, des étudiants et des artistes montent des programmes de grande qualité, comme les concerts du Choeur de Paris VIII, le Théâtre de l'Université de Dijon, ou l'association Ecume qui, sous la houlette d'un étudiant de DEA, organise à l'Université du Languedoc-Roussillon des rencontres internationales universitaires de chant choral, après avoir monté et enregistré l'an dernier Porgy and Bess de Leonard Bernstein. Ces exemples pourrraient être multipliés, des plus modestes aux plus ambitieux.

Les très nombreuses initiatives de ce type où collaborent des enseignants avec les DRAC démontrent à l'évidence que les ministères n'ont rien à inventer. Notre rôle consiste plutôt à repérer les meilleures d'entre elles, à les faire connaître et à encourager leur essaimage. Internet nous y aidera, et c'est dans ce but que nous réunirons au mois de mai prochain les Recteurs et les Directeurs de DRAC, afin d'identifier et de conforter les actions locales les plus performantes et d'en impulser l'extension afin que la greffe prenne le mieux possible. Catherine Trautmann en a mentionné quelques-unes.

Dans le cadre de la consultation des collèges, Ségolène Royal étudie actuellement le développement de l'éducation artistique de la 6ème à la 3ème. Elle annoncera également un certain nombre de mesures à l'occasion des Etats Généraux de la lecture et des langages qui se tiendront à Nantes les 4 et 5 mai.

Pour ma part, je me cantonnerai à quelques projets que nous sommes en train de réaliser en collaboration avec le Ministère de la Culture.

Jusqu'à présent, l'architecture ne figurait que très marginalement dans les programmes scolaires. L'étude de l'espace urbain ou rural constitue pourtant un élément essentiel de l'accession à la citoyenneté. Quoi de plus hostile en effet pour un enfant qu'un environnement illisible et muet ? Nous devons lui donner les moyens de s'approprier l'espace qui l'entoure, en lui faisant comprendre comment il s'est élaboré, quelles sont ses fonctions et comment il faut l'entretenir ou le faire évoluer. A cette fin, nous avons décidé que les établissements qui le souhaitent seront invitées à constituer, avec des enseignants volontaires et l'aide des services des deux ministères, un fonds documentaire sur leur propre environnement, bâti ou paysager. Ce dossier s'élaborera peu à peu, dans le cadre d'une pédagogie de projet. Ces investigations permettront aux élèves d'explorer leur territoire, et de rencontrer des artistes, des architectes et des services publics de cet environnement, depuis sa construction jusqu'à sa conservation.

J'attache également une très grande importance à la musique dans les établissements scolaires. Catherine Trautmann a parlé du rapprochement avec les écoles de musique auxquelles n'accèdent qu'un nombre beaucoup trop faible d'enfants. Ceci constituera une innovation très importante en France où la dichotomie entre établissements placés respectivement sous la tutelle de l'Éducation et de la Culture ne favorise pas une éducation musicale suffisamment démocratique.

J'ajoute que, pour la seconde année consécutive, un festival de chant choral scolaire se déroulera les 7 et 8 mai. Après Vaison-la-Romaine, il aura lieu cette année à Strasbourg. En montrant la qualité, la diversité et la richesse du travail des chorales scolaires, il s'agit d'en augmenter le nombre en donnant à un maximum d'établissements scolaires le désir de créer son propre ensemble vocal.

Par ailleurs, une équipe de travail regroupant des professeurs d'éducation musicale, la Direction de la Technologie et l'IRCAM est en train de mettre au point de nombreux petits logiciels qui seront largement distribués aux établissements scolaires afin de mettre à la disposition des élèves des outils de création musicale adaptés à leurs connaissance et leurs savoir-faire. Ce partenariat tend une précieuse passerelle entre la création contemporaine et les jeunes générations qui doivent, pour mieux s'y reconnaître plus tard, rencontrer dès l'école les technologies qui animent les expressions d'aujourd'hui.

J'ai également décidé de créer cette année un premier festival de théâtre scolaire déconcentré dans les académies et intitulé le Printemps Théâtral. Chacun montrera le travail de son équipe, ou analysera celui des autres. Sans aller jusqu'à dire comme Molière que le théâtre est fait pour être joué et non pour être lu, j'ai en effet la conviction que la pratique du théâtre fait pénétrer les jeunes de plain-pied dans le processus de création : elle les amène à développer leur propre expression et à s'intégrer dans un projet collectif, dont la réalisation mobilise à la fois l'émotion, le raisonnement et l'esprit critique. La langue se dévoile dans le jeu dramatique, et s'incarne dans le corps. Il s'y invente une pédagogie qui conjugue le sensible et le rationnel dans un système qui fonctionne encore trop souvent sur leur exclusion mutuelle. La plupart des rencontres de théâtre scolaire se dérouleront dans de vrais théâtres, avec le soutien des équipes techniques. A cette occasion, le ministère de la Culture a lancé un appel à projet pour l'écriture de 25 textes dramatiques courts, destinés à la jeunesse, qui seront édités et pourront être étudiés l'an prochain.

Je remarque aussi que le grand répertoire classique est très insuffisamment accessible en vidéo dans les écoles. J'ai rencontré récemment Gérard Depardieu et Jean-Claude Carrière qui proposent de tourner en décor naturel un certain nombre de pièces de théâtre françaises. Si ce projet se réalise des cassettes pourraient être distribuées dans les établissements où des acteurs et des metteurs en scène viendraient les commenter.

Vous savez que la mise en place d'ateliers d'expression artistique constitue l'une des innovations introduites dans la réforme des lycées. Il existait déjà des options artistiques très appréciées des élèves, qui seront maintenues conformément à leur demande. Malheureusement, seuls 3 % des lycéens en bénéficiaient, et elles étaient réservées principalement aux filières littéraires. Lors de la consultation nationale de l'année dernière, 65 % des lycéens ont à juste titre réclamé de pouvoir pratiquer un art. Je les ai écoutés et dès la prochaine rentrée scolaire, plusieurs centaines d'ateliers seront ouverts en priorité dans les établissements où les enseignements artistiques n'existaient pas, et tout particulièrement les lycées d'enseignement technologique ou professionnel. Ils accueilleront les lycéens volontaires de toutes les séries, de la seconde à la terminale, qui bénéficieront de 72 heures annuelles d'expression artistique le plus souvent animées par des intervenants extérieurs sous le contrôle des enseignants.

Rien n'empêche des professeurs de français ou d'autres disciplines, de faire faire du théâtre ou de l'audiovisuel à leurs élèves : ils peuvent aussi, comme cela se fait parfois, monter des ateliers de lecture ou d'écriture. De même, les professeurs d'éducation physique peuvent organiser des ateliers de danse, sans parler des professeurs d'arts platiques ou d'arts appliqués.

En musique, c'est plus difficile, car nous manquons d'enseignants spécialisés. Je souhaite augmenter le nombre de postes aux concours de recrutement. Malheureusement, le vivier de candidats est actuellement insuffisant pour pourvoir ceux qui sont offerts au CAPES. Ceci est d'autant plus navrant que les élèves sortis des écoles de musique ne trouvent pas toujours d'emploi. Afin de remédier à cette carence, je souhaite que les universités étudient la possibilité d'offrir des équivalences à des musiciens afin qu'ils puissent s'intégrer dans les DEUG et les licences de musique, comme cela se fait déjà à Toulouse-Le-Mirail. De même, les IUFM et les universités d'été seront chargés de développer la formation continue, afin d'ouvrir les portes de l'Éducation Nationale à des personnes compétentes.

D'autre part, nous ferons appel à des intervenants extérieurs de qualité indiscutable, sélectionnés par des commissions DRAC/Rectorats. D'une manière générale, si les enseignants en sont d'accord, les ateliers seront organisés en partenariat avec le milieu artistique et culturel autour de projets définis en concertation avec les lycéens. Les interventions seront mises en oeuvre dans le cadre de conventions ou de jumelages entre les établissements et les partenaires extérieurs.

Le Ministère de la Culture finançait déjà un certain nombre d'ateliers, notamment dans les collèges. Je précise que, dans les lycées, la prise en charge des intervants professionnels sera désormais assurée conjointement par les deux ministères de l'Éducation et de la Culture. Et j'ajoute que si, comme l'a indiqué Catherine Trautmann, le Ministère de la Culture consacre des sommes importantes à l'éducation artistique, nous mettons de notre côté 40 professeurs à la disposition de la Culture, répartis entre les DRAC et la rue de Valois, afin de mettre à profit leur expertise et de faciliter les passerelles. J'en viens maintenant à l'enseignement supérieur et à la recherche. Il se fait déjà des choses dans les universités et les grandes écoles.

Nombre d'entre elles ont confié à des enseignants la tâche de coordonner les activités culturelles des campus en coordination avec les DRAC. Cependant, comparée à d'autres pays, la France fait encore figure de parent pauvre. Pour cette raison, j'ai demandé à la Direction des Enseignements Supérieurs d'examiner avec une attention particulière les volets culturels présentés dans le cadre des contrats quadriennaux et je remercie Catherine Trautmann d'avoir accepté de participer à leur financement lorsqu'ils feront appel à des partenariats. Je souhaite que les étudiants s'adonnent davantage à des activités culturelles, et que des troupes de théâtre, des formations musicales, etc., soient invitées sur les campus. Dans le cadre du plan U3M, des locaux adéquats seront édifiés, à l'instar du théâtre de l'Université de Dijon. Enfin, comme cela se fait déjà pour les activités sportives, les universités qui le souhaitent pourront valider les activités artistiques des étudiants dans le cadre des cursus de DEUG ou de licence.

Dans le domaine de la recherche, nos compétences respectives se croisent dans plusieurs domaines, comme l'architecture, le cinéma, l'archéologie, etc. L'histoire des arts constitue l'un de ces principaux axes de croisement, et je me réjouis de pouvoir annoncer avec Catherine Trautmann la création tant attendue de l'Institut National d'Histoire de l'Art. Outre la constitution d'une grande bibliothèque et d'une iconothèque dont a parlé Catherine Trautmann, cet institut permettra de remédier au morcellement des équipes de recherche dispersées aux quatre coins de l'Ile-de-France. Il accueillera les équipes de recherche et les enseignements de 3ème cycle de l'EHESS, de l'EPHE et des universités de Paris I, Paris III, Paris IV, Paris VII, Paris VIII et Paris X. Au delà d'un simple rapprochement géographique, l'Institut permettra de fédérer les recherches en histoire des arts, notamment par la définition de projets communs, à commencer par le projet documentaire. L'Institut deviendra un acteur majeur sur la scène européenne et internationale, et les nouvelles technologies seront mises au service d'un accès plus large de tous à des contenus qui relèvent d'un nouvel encyclopédisme. Lieu d'animation scientifique, il organisera des colloques et des congrès internationaux. Un service spécifique gèrera l'hébergement des chercheurs de province et de l'étranger. L'Institut fournira encore une aide à la publication des chercheurs. Enfin, il fera bénéficier les chercheurs des services à distance, et sera la tête d'un réseau documentaire informatisé qui s'intègrera naturellement au système international d'information, grâce à un site Internet. Cette création permettra à la France, qui dispose d'un patrimoine, de collections et d'équipes de recherche particulièrement foisonnantes, de disposer enfin d'une institution comparable à celles qui existent dans des pays comme l'Allemagne ou les États-Unis.





 

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