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Journée

 

Services accomplis
Pau, Université de Pau et des Pays de l'Adour, 27 et 28 septembre 2001

Boîte à outils
Atelier animé par Hervé Latimier
Sous-directeur des Politiques de Jeunesse, Ministère de la Jeunesse et des Sports

Débat

Danielle Bré (Directrice du Théâtre Antoine Vitez, Université de Provence)
Une rumeur circule, selon laquelle les artistes interprètes pourraient faire comptabiliser des heures d'enseignement, pour un tiers, dans les 507 heures nécessaires à l'indemnisation au titre du chômage. Cela est-il exact ?

Brigitte Leclercq (Inspecteur du travail, Ministère de la Culture)
Comme toutes les rumeurs, celle-ci est fondée sur une demi-vérité qui s'est transformée au fur et à mesure qu'elle se propageait. En 2000, les conditions d'indemnisation pour l'ensemble des salariés ont été rediscutées au sein de l'UNEDIC. A cette époque, le MEDEF exigeait des organisations syndicales qu'elle proposent une réforme susceptible, à brève échéance, de réduire de 50% le déficit du régime des intermittents. Autant dire qu'il fallait opérer une révolution complète du système. Dans l'urgence, les professionnels de la culture ont conclu un accord, le 15 juin 2000, qui permettait de réduire à 338 le nombre d'heures de spectacle exigées, dans le cas où les intermittents pouvaient faire état d'activités pédagogiques complémentaires pour aboutir aux 507 heures. Cette formule avait l'avantage de faciliter la mise en place de la politique d'enseignement artistique, mais elle était difficilement acceptable par les organisations patronales. Il aurait peut-être été préférable de maintenir la barre des 507 heures, en ajoutant la possibilité de prendre en compte les activités pédagogiques, au-delà de ce plancher, pour une meilleure indemnisation. Une solution qui inciterait les artistes à accepter des activités accessoires serait une bonne réforme, car aujourd'hui il leur arrive fréquemment de refuser les activités de ce type, pour ne pas risquer d'être exclus du régime de l'intermittence. Entre temps, le MEDEF a été mobilisé par des négociations houleuses avec le ministère de l'emploi et ne s'est pas prononcé sur cette proposition : il s'est contenté de demander aux organisations professionnelles de poursuivre la négociation, après avoir, une fois de plus, reconduit le système en vigueur.

Danielle Bré
A propos du déficit de 4 MdsF, on oublie généralement de préciser que de nombreux salariés permanents du spectacle relèvent des conventions collectives des activités artistiques et, à ce titre, cotisent au régime général. Si l'on additionne les cotisations des permanents et celles des intermittents, est-ce que le régime spécifique reste déficitaire ?

Brigitte Leclercq
Les cotisations des permanents ne représentent pas plus de 230 MF ; cela ne suffirait pas à combler un déficit de 4 MdsF.

Catherine Joannès (Chargée de mission auprès de la Directrice de l'enseignement supérieur, Ministère de l'Éducation nationale)
Nous avons beaucoup travaillé, en collaboration avec Brigitte Leclercq, sur les moyens de faciliter l'embauche d'intermittents dans les universités. En l'état actuel de la législation, la marge de manœuvre est étroite. Les agents comptables sont responsables et hésitent, à juste titre, à prendre des risques dont ils pourraient avoir à répondre. Nous travaillons actuellement à un texte réglementaire qui permettrait de faciliter le recrutement des chargés de cours et des PAST, mais cette démarche est assez lourde puisqu'elle exige l'adoption d'une circulaire interministérielle par les ministres en charge de l'Éducation nationale, du Budget et de la Fonction publique. En attendant, les établissements d'enseignement supérieur peuvent toujours faire appel à des professionnels par le biais de conventions avec les institutions artistiques et culturelles.
Cela étant, il convient d'être vigilant : il ne faudrait pas que la licence d'entrepreneur de spectacles, dont on nous rappelé les objectifs, l'esprit et le cadre, serve à rémunérer en cachets ce qui relève des activités d'enseignement. Les universités qui le souhaitent peuvent évidemment demander une licence, mais elles doivent le faire en toute connaissance de cause. Cette démarche doit être validée par les instances dirigeantes de l'université car elle engage l'établissement en tant que tel. Il est donc impératif que les présidents d'université, les agents comptables et les secrétaires généraux soient parfaitement informés de la complexité du dispositif.

Hervé Latimier
Cette nouvelle réglementation concernant les chargés de cours et les PAST ne répondra pas à toutes les questions. Reste en suspens, notamment, le fait que les intermittents du spectacle risquent de perdre les avantages de leur régime spécifique s'ils font trop d'heures d'enseignement.

Brigitte Leclercq
Il y a effectivement là une question cruciale. Le problème se pose de la façon suivante : si, dans le cadre d'un contrat avec une structure, un artiste a des activités pédagogiques pendant trois mois à raison d'une heure par semaine, les ASSEDIC considèrent que cette personne est employée à temps partiel par un employeur pendant trois mois ; par conséquent, elle ne peut prétendre à être indemnisée au titre du chômage. Une danseuse m'a récemment soumis ce cas de figure : elle était payée 600 F par mois par une municipalité pour animer un atelier ; on lui a réclamé l'intégralité de son indemnisation au titre du chômage, soit 57 000 F. Pour les ASSEDIC, si vous avez un employeur vous n'êtes pas privé d'emploi, même si cet emploi ne vous permet pas de vivre. Autrement dit, les ASSEDIC refusent d'indemniser les périodes entre les interventions. C'est exactement le contraire pour les intermittents : un cachet interrompt pendant un jour l'indemnisation et celle-ci reprend ensuite ; le régime spécifique de l'intermittence permet donc de combler tous les espaces qui sont laissés par la succession non continue de contrats. Cette différence de traitement selon le type d'activité et de contrat pose un problème grave, qu'aurait pu résoudre l'accord conclu le 15 juin 2000 par les organisations syndicales du spectacle. La proposition consistait à permettre aux intermittents d'effectuer 40 heures d'ateliers pédagogiques sans que cela coupe les droits à indemnisation ; il devenait ainsi possible d'honorer des contrats à durée déterminée à temps très partiel. Mais cet accord n'a pas été validé par le MEDEF.

Jean-Pierre Jourdain (Président des Amis du Théâtre de Pau)
La licence d'entrepreneur du spectacle est nominative. Dans le cas de l'université, il me semble qu'il n'est pas simple de déterminer qui doit ou peut détenir cette licence.

Brigitte Leclercq
C'est toute l'ambiguïté de ce texte. A l'origine, le titulaire de la licence était le porteur du projet artistique. Dans l'ordonnance modifiée, il est toujours question d'un projet artistique, mais on fait référence ensuite à l'employeur et à sa responsabilité en tant que tel. Dans la mesure où la licence porte sur le respect des obligations sociales, seul l'employeur peut en être détenteur. À mon sens, cela ne peut être que le président de l'université en sa qualité de responsable de l'établissement. Peut-être y a-t-il des possibilités de délégation, mais je ne sais pas comment elles peuvent s'exercer. En tout état de cause, seul l'employeur est responsable du respect des obligations sociales ; on ne peut pas demander à un simple exécutant, même s'il a des responsabilités, d'être garant du respect des obligations sociales dans une entreprise. Ce n'est pas à un cadre dirigeant qu'on demandera des comptes si une entreprise ne paye pas ses cotisations sociales, mais au président du conseil d'administration. Il en va de même pour une association : sauf en cas de malversation, c'est le président qui est responsable, non le directeur. En outre, la responsabilité d'employeur a d'autres implications : un employeur agissant en tant que producteur est responsable de la sécurité sur le plateau. Si, en cas d'accident du travail, il s'avère qu'une disposition du Code du travail n'a pas été respectée en matière de sécurité, l'employeur est responsable pénalement.

Marie-Jo Merchez (Service d'action culturelle et artistique, Université Paris 8)
A l'université Paris 8, où le service d'action culturelle est déclaré comme organisateur de spectacles vivants, c'est le directeur du service qui est titulaire de la licence, en tant que responsable de l'association qui gère l'ensemble vocal Soli Tutti. Nous avons été formés à faire des feuilles de paye pour les intermittents du spectacle et nous travaillons en accord avec l'agence comptable. Depuis la création du service en 1991, nous avons eu la chance d'avoir affaire à des agents comptables qui ont toujours bien voulu collaborer avec nous et qui nous ont fait confiance. A partir du moment où tout est fait dans le respect des réglementations et où l'on travail en accord, il n'y a pas de problème avec les agents comptables. Nous payons également des commandes à des compositeurs, en tenant compte des cotisations spécifiques. Ce n'est pas toujours facile, mais c'est faisable et cela se fait lorsque l'agent comptable est suffisamment compréhensif.

Harold Coyac (Maison des Écrivains)
Je voudrais faire part d'une information concernant la catégorie spécifique d'artistes que sont les écrivains. La Maison des Écrivains est à plusieurs titre un outil pour l'accueil des auteurs par les universités. Le programme « Le Temps des écrivains à l'université et dans les grandes écoles  » permet de mettre en place des partenariats financiers et logistiques. Grâce à des crédits du ministère de la Culture, du ministère de l'Éducation nationale et de la Fondation du Crédit mutuel pour la lecture, nous participons à hauteur de 50% à la prise en charge de la venue des écrivains dans les universités (50% de la rémunération, des frais de transport et d'hébergement). Cela vaut pour toutes les formes d'action : ateliers d'écriture, rencontres ponctuelles, lectures publiques, ateliers transdisciplinaires ou commandes de textes. Dans ce cadre, les universités n'ont qu'une facture à régler et la Maison des Écrivains s'acquitte des charges sociales dans la limite des revenus accessoires tolérés. La Maison des Écrivains peut aussi agir comme caisse de reversement, à partir d'une rémunération minimum de 3 000 F. Dans ce cas, l'université adresse un bon de commande à la Maison des Écrivains qui rémunère l'auteur. Par ailleurs, dans le cadre de notre mission de centre de ressources, nous pouvons aider les services culturels universitaires à construire leurs projets, faciliter la mise en relation avec des écrivains en adéquation avec les actions.

Danielle Bré
J'aimerais savoir si, d'un point de vue juridique, il y a une définition claire de l'acte artistique.

Brigitte Leclercq
Aucune. La seule référence dont on dispose est celle « d'œuvre de l'esprit ».

Danielle Bré
Pour définir l'artiste, vous avez dit tout à l'heure : « quelqu'un qui se produit devant un public pour diffuser une œuvre de l'esprit ». On peut donc dire que tout enseignant produit des actes artistiques. Prenons maintenant un metteur en scène qui monte un spectacle avec des comédiens professionnels : son travail va bien entendu être considéré comme un acte artistique et il va être rémunéré sous forme de cachets. Or si le même metteur en scène produit un spectacle avec des amateurs, tout d'un coup son travail devient une activité d'enseignement et on considère qu'il ne peut percevoir des cachets.

Brigitte Leclercq
Si le spectacle est joué en public, il y a activité de spectacle rémunérée comme telle. En revanche, un atelier théâtral ne donnant pas lieu à représentation est une activité d'enseignement.

Danielle Bré
Ainsi, dès qu'un « objet » théâtral est fabriqué et présenté au public, on le considère comme un acte artistique, qu'il soit amateur ou professionnel. Pourtant, lorsqu'un metteur en scène travaille avec des comédiens professionnels sur un spectacle qui n'aboutit pas et n'est pas représenté, les répétitions sont naturellement considérées comme des cachets.

Brigitte Leclercq
En principe, les répétitions sont payées à l'heure ; seules les représentations peuvent être payées en cachets. C'est une réglementation des ASSEDIC, le cachet n'existant pas dans le Code du travail. Cette question est cruciale parce qu'elle recoupe celle de l'indemnisation. Un cachet équivaut à huit heures d'activité s'il y en a plus de cinq successifs, et douze heures s'il est isolé. C'est pourquoi les artistes préfèrent que les répétitions soient payées sous forme de cachets puisque que 4 heures d'activité sont alors comptées pour 8 ou 12 heures ; on obtient ainsi plus vite les 507 heures exigées, mais c'est une fraude à l'indemnisation au titre du chômage. Le cachet est un mode de paiement retenu uniquement pour la représentation, précisément parce qu'il permet de déterminer un nombre théorique d'heures, par effet multiplicateur. D'où l'enjeu autour du paiement en cachets, qui présente un avantage certain pour le calcul des droits des intermittents.

Danielle Bré
On considère donc qu'un intermittent du spectacle ne travaille que lorsqu'il est face au public.

Brigitte Leclercq
Pas du tout. Un intermittent du spectacle ne peut percevoir des cachets que lorsqu'il est face au public. Pour les répétitions, il est payé en fonction du nombre d'heures effectives.

Un intervenant anonyme
Une question pour Catherine Joannès : est-il possible d'avoir quelques précisions sur les possibilités de recruter des vacataires, chargés de cours ou PAST, sachant que les salariés de droit public n'ont pas accès aux PAST, pour des raisons tenant au reversement des cotisations de pension ?

Hervé Latimier
De nombreux inspecteurs généraux étant PAST, la difficulté n'est certainement pas là.

Catherine Joannès
Le recrutement des chargés de cours est réglementé par un décret de 1987 selon lequel le candidat doit justifier, par toutes sortes d'attestations, de 1000 heures d'activité salariée. Nous essayons d'obtenir que les 507 heures de cachets, qui elles-mêmes incluent déjà un coefficient multiplicateur, puissent être considérés comme équivalant à 1000 heures d'activité salariée. Cela simplifierait considérablement les choses : il suffirait que les artistes attestent de leur affiliation au régime de l'intermittence ou à la Maison des Artistes pour qu'ils soient considérés comme des salariés à part entière. Cela ne résoudra pas tous les problèmes mais ce serait déjà un progrès énorme pour les intermittents qu'on ne peut pas employer actuellement, au motif qu'ils ne peuvent pas faire la preuve de 1000 heures d'activité salariée. Pour les PAST, il y a également des conditions. Il conviendrait donc d'harmoniser les pré-requis pour le recrutement des PAST et des chargés de cours. Cela dit, il est évident qu'on ne peut pas faire valoir une exception par rapport à une discipline ou un ensemble de disciplines ou une catégorie de PAST. Il faudrait arriver à faire comprendre, d'une façon générale, qu'il est vain de demander des justificatifs que les intermittents ne peuvent pas être en mesure de produire.

Hervé Latimier
Pour conclure, il me semble essentiel qu'il y ait une information auprès des équipes administratives des universités, en particulier les secrétaires généraux qui doivent être sensibilisés à ces questions. Même si cela a déjà été fait au niveau de l'association des secrétaires généraux, il est important de le faire à nouveau, afin que l'administration soit consciente des problèmes posés par les différents cas de figure. Il convient surtout d'établir des points de passage obligés, au sein des établissements, dans le cadre d'une véritable cohérence de la politique adoptée dans ce domaine.

 


 

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