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Journée

 

Services accomplis
Pau, Université de Pau et des Pays de l'Adour, 27 et 28 septembre 2001

Synthèse
par Claude Patriat
Coprésident d'Art + Université + Culture

Ces journées de Pau ont ceci de particulier qu'elles proposent une alchimie nouvelle : aux expériences consacrées, enracinées et solides nous avons associé et intégré des expériences récentes, comme celles développées dans les universités d'Artois et du Littoral. Ce sont de jeunes services culturels, surtout marqués par l'idée que l'action culturelle universitaire se définit principalement par rapport à son territoire : elle n'ignore ni la mémoire de son environnement ni l'histoire présente, et c'est précisément cette combinaison qui est féconde. Il est tout à fait important de constater que les choses ne sont pas figées, que l'univers du possible et des expériences qui se déroulent dans les universités est en plein mouvement et donc en constant enrichissement. Ce point positif doit toutefois être nuancé par un phénomène de dispersion, par des degrés extrêmement différents de prise en compte de l'action culturelle dans les établissements. Pour en venir au vif de mon sujet, je dirai qu'il y a deux types de synthèse. Le premier consiste à faire un condensé de l'ensemble des propos ; c'est en général relativement long. Le deuxième est celui où l'on dit ce qui n'a pas été dit mais qui aurait pu l'être ; c'est cette deuxième formule que j'adopte aujourd'hui.

Il ressort clairement de ces échanges, placés sous l'angle du projet, que l'action culturelle universitaire évolue en tension entre quatre pôles : pédagogique, artistique, associatif et administratif. Le champ pédagogique, en tant qu'une part de l'action artistique et culturelle, est intégré à la mission de formation des universités. Il est de ce fait traversé par une tension naturelle entre l'activité d'enseignement et l'activité artistique, soit en termes techniques pour le mode de prise en compte, soit en termes de contenus par rapport au type d'intervention et à sa forme. Le pôle associatif, en tant que lieu de culture ascendante impliquant la prise en compte des attentes du terrain et l'intégration de ces aspirations au projet universitaire, se trouve quant à lui en tension avec l'administration agissant comme lieu de culture distribuée, c'est-à-dire ordonnée et proposée à l'ensemble de l'établissement et à son environnement. De la combinaison constante de ces différents types de relations et d'interactions, il résulte que le système est en tension complète et constante.

S'il n'y a jamais eu de doctrine à A+U+C, il y a en tout cas une conviction et des principes. Nous sommes convaincus que les universités sont des établissements culturels. Non pas simplement des établissements à caractère culturel. Un intervenant a eu une très belle formule qui correspond tout à fait à la situation : « La culture est ce qui révèle les universités à elles-mêmes. » Fondamentalement, c'est parce que la culture permet aux universités de se révéler à elles-mêmes dans leur territoire et dans leur environnement qu'il faut placer le projet culturel au cœur des établissements. Reconnaître les universités comme des établissements culturels implique qu'on ne peut les considérer simplement comme des lieux de formation et de recherche. Ce sont des lieux de formation, ce sont des lieux de recherche, mais ce sont aussi des lieux de production de culture, d'une culture qui prend une connotation particulière. La reconnaissance de ce principe doit déboucher sur une mise en ordre de marche et d'action.

La lisibilité est une condition première de la légitimité : on ne croit que ce qu'on voit. Autrement dit il est impératif, dans l'intérêt général du projet et de l'université, qu'un lieu unique et exclusif soit dédié au service culturel. Cela ne résoudra pas tout ; notamment, la tension évoquée entre associatif et administratif est permanente et doit le rester, car elle est en soi féconde si elle n'est pas traitée marginalement. On a entendu que certaines expériences marient sport et culture, communication et culture. Cela peut se faire à un moment donné, mais à terme cela nuit à la lisibilité et à la force du projet. Je sais que Jules César, dans sa longue marche vers l'imperium, s'est allié à Pompée pour le prestige et à Cassius pour l'argent. Mais Cassius est mort et Pompée a été liquidé. N'oublions jamais cela : ces alliances-là ne peuvent être que des moments provisoires dans la construction du système. C'est pourquoi je dis non au mariage approfondi avec d'autres structures par ailleurs tout à fait respectables, qui ont incontestablement une mission à conduire dans l'université, mais pas du même ordre. Non aussi au nomadisme. Il est temps de passer d'une culture de mission à une culture de projet, de cesser de faire camper la culture aux portes des établissements universitaires sous la forme de missions plus ou moins temporaires, soumises au aléas et aux bonnes volontés des personnes qui les conduisent. Le nomadisme a sa valeur culturelle, mais sur le plan des structures, il ne peut être qu'une étape transitoire car les projets ne seront consolidés que s'ils sont mis à l'abri des mouvements et des oscillations du temps.

Le service culturel considéré comme un lieu unique doit cependant se garder du danger du monopole. À l'inverse, s'il n'est pas question d'instaurer un monopole de l'action culturelle au profit des services culturels, il ne s'agit pas non plus d'en faire des accessoires d'autres missions. Il faut éviter la double instrumentalisation : celle des enseignements par les services culturels, celle des services culturels par les enseignants. Cela étant, en évitant le piège de la double instrumentalisation, il faut veiller à ne pas tomber dans celui de la double inconstance, de l'ignorance réciproque entre les différents acteurs. Il convient de trouver un équilibre, qui pourrait se traduire par la distinction utilisée en matière d'architecture et d'urbanisme entre le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre. Le service culturel, en tant que maître d'œuvre unique de la mise en fonctionnement de la culture, doit être au service de maîtres d'ouvrages pluriels. Ceux-ci peuvent relever de différents statuts : des enseignants dans le cadre d'une action liée à un projet d'enseignement ; des étudiants dans le cadre d'un projet étudiant ; des partenaires culturels dans le cadre d'un projet de diffusion. Il me semble que cette idée de distinguer une sorte de carrefour entre les chemins, sous la forme d'un maître d'œuvre de la mise en mouvement, d'un interlocuteur qui clarifie et simplifie les données puis redistribue les cartes, peut être féconde. Mais pour que cela fonctionne, il faut garder à l'esprit que les tensions évoquées plus haut se redéploient au travers de quatre fonctions liées à la culture et à l'art dans l'université : l'application, la monstration, la démonstration et l'animation. L'application permet d'affiner ou de déployer un enseignement artistique ; la monstration constitue un moment de diffusion et de présence de l'art et des œuvres sur les campus ; la démonstration est essentielle en tant que création — j'entends par là aussi bien la création artistique que la création scientifique et l'on a déjà évoqué, notamment à la suite de l'expérience de Bordeaux 1, le rapport qui unit étroitement l'art et la science — ; l'animation enfin, joue un rôle majeur pour la stimulation du désir de culture.

Je terminerai en disant que l'existence d'un réseau comme A+U+C me paraît indispensable et je continuerai à défendre cette position — même si elle me vaut parfois quelques désillusions —, parce que les réseaux sont à la culture ce que les sentiers étaient aux pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle : sur ces chemins, les haltes étaient essentielles car elles étaient des lieux de réconfort, d'échange et de brassage de la culture. Nous ne sommes pas encore à Saint-Jacques-de-Compostelle. J'espère en tout cas que nous avons tracé à Pau l'une de ces étapes qui permettent de regarder en avant et d'aller plus loin.

Claude Patriat

 


 

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