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Synthèse
par Claude
Patriat
Coprésident d'Art + Université + Culture
Ces journées de Pau
ont ceci de particulier qu'elles proposent une alchimie nouvelle :
aux expériences consacrées, enracinées et solides nous avons associé
et intégré des expériences récentes, comme celles développées
dans les universités d'Artois et du Littoral. Ce sont de jeunes
services culturels, surtout marqués par l'idée que l'action culturelle
universitaire se définit principalement par rapport à son territoire :
elle n'ignore ni la mémoire de son environnement ni l'histoire
présente, et c'est précisément cette combinaison qui est féconde.
Il est tout à fait important de constater que les choses ne sont
pas figées, que l'univers du possible et des expériences qui se
déroulent dans les universités est en plein mouvement et donc
en constant enrichissement. Ce point positif doit toutefois être
nuancé par un phénomène de dispersion, par des degrés extrêmement
différents de prise en compte de l'action culturelle dans les
établissements. Pour en venir au vif de mon sujet, je dirai qu'il
y a deux types de synthèse. Le premier consiste à faire un condensé
de l'ensemble des propos ; c'est en général relativement
long. Le deuxième est celui où l'on dit ce qui n'a pas été dit
mais qui aurait pu l'être ; c'est cette deuxième formule
que j'adopte aujourd'hui.
Il ressort clairement
de ces échanges, placés sous l'angle du projet,
que l'action culturelle universitaire évolue en tension
entre quatre pôles : pédagogique, artistique,
associatif et administratif. Le champ pédagogique, en tant
qu'une part de l'action artistique et culturelle, est intégré
à la mission de formation des universités. Il est
de ce fait traversé par une tension naturelle entre l'activité
d'enseignement et l'activité artistique, soit en termes
techniques pour le mode de prise en compte, soit en termes de
contenus par rapport au type d'intervention et à sa forme.
Le pôle associatif, en tant que lieu de culture ascendante
impliquant la prise en compte des attentes du terrain et l'intégration
de ces aspirations au projet universitaire, se trouve quant à
lui en tension avec l'administration agissant comme lieu de culture
distribuée, c'est-à-dire ordonnée et proposée
à l'ensemble de l'établissement et à son
environnement. De la combinaison constante de ces différents
types de relations et d'interactions, il résulte que le
système est en tension complète et constante.
S'il n'y a jamais eu
de doctrine à A+U+C, il y a en tout cas une conviction
et des principes. Nous sommes convaincus que les universités
sont des établissements culturels. Non pas simplement des
établissements à caractère culturel. Un intervenant
a eu une très belle formule qui correspond tout à
fait à la situation : « La culture est
ce qui révèle les universités à elles-mêmes. »
Fondamentalement, c'est parce que la culture permet aux universités
de se révéler à elles-mêmes dans leur
territoire et dans leur environnement qu'il faut placer le projet
culturel au cur des établissements. Reconnaître
les universités comme des établissements culturels
implique qu'on ne peut les considérer simplement comme
des lieux de formation et de recherche. Ce sont des lieux de formation,
ce sont des lieux de recherche, mais ce sont aussi des lieux de
production de culture, d'une culture qui prend une connotation
particulière. La reconnaissance de ce principe doit déboucher
sur une mise en ordre de marche et d'action.
La lisibilité
est une condition première de la légitimité
: on ne croit que ce qu'on voit. Autrement dit il est impératif,
dans l'intérêt général du projet et
de l'université, qu'un lieu unique et exclusif soit dédié
au service culturel. Cela ne résoudra pas tout ; notamment,
la tension évoquée entre associatif et administratif
est permanente et doit le rester, car elle est en soi féconde
si elle n'est pas traitée marginalement. On a entendu que
certaines expériences marient sport et culture, communication
et culture. Cela peut se faire à un moment donné,
mais à terme cela nuit à la lisibilité et
à la force du projet. Je sais que Jules César, dans
sa longue marche vers l'imperium, s'est allié à
Pompée pour le prestige et à Cassius pour l'argent.
Mais Cassius est mort et Pompée a été liquidé.
N'oublions jamais cela : ces alliances-là ne peuvent
être que des moments provisoires dans la construction du
système. C'est pourquoi je dis non au mariage approfondi
avec d'autres structures par ailleurs tout à fait respectables,
qui ont incontestablement une mission à conduire dans l'université,
mais pas du même ordre. Non aussi au nomadisme. Il est temps
de passer d'une culture de mission à une culture de projet,
de cesser de faire camper la culture aux portes des établissements
universitaires sous la forme de missions plus ou moins temporaires,
soumises au aléas et aux bonnes volontés des personnes
qui les conduisent. Le nomadisme a sa valeur culturelle, mais
sur le plan des structures, il ne peut être qu'une étape
transitoire car les projets ne seront consolidés que s'ils
sont mis à l'abri des mouvements et des oscillations du
temps.
Le service culturel
considéré comme un lieu unique doit cependant se
garder du danger du monopole. À l'inverse, s'il n'est pas
question d'instaurer un monopole de l'action culturelle au profit
des services culturels, il ne s'agit pas non plus d'en faire des
accessoires d'autres missions. Il faut éviter la double
instrumentalisation : celle des enseignements par les services
culturels, celle des services culturels par les enseignants. Cela
étant, en évitant le piège de la double instrumentalisation,
il faut veiller à ne pas tomber dans celui de la double
inconstance, de l'ignorance réciproque entre les différents
acteurs. Il convient de trouver un équilibre, qui pourrait
se traduire par la distinction utilisée en matière
d'architecture et d'urbanisme entre le maître d'ouvrage
et le maître d'uvre. Le service culturel, en tant
que maître d'uvre unique de la mise en fonctionnement
de la culture, doit être au service de maîtres d'ouvrages
pluriels. Ceux-ci peuvent relever de différents statuts :
des enseignants dans le cadre d'une action liée à
un projet d'enseignement ; des étudiants dans le cadre
d'un projet étudiant ; des partenaires culturels dans
le cadre d'un projet de diffusion. Il me semble que cette idée
de distinguer une sorte de carrefour entre les chemins, sous la
forme d'un maître d'uvre de la mise en mouvement,
d'un interlocuteur qui clarifie et simplifie les données
puis redistribue les cartes, peut être féconde. Mais
pour que cela fonctionne, il faut garder à l'esprit que
les tensions évoquées plus haut se redéploient
au travers de quatre fonctions liées à la culture
et à l'art dans l'université : l'application,
la monstration, la démonstration et l'animation. L'application
permet d'affiner ou de déployer un enseignement artistique
; la monstration constitue un moment de diffusion et de présence
de l'art et des uvres sur les campus ; la démonstration
est essentielle en tant que création j'entends
par là aussi bien la création artistique que la
création scientifique et l'on a déjà évoqué,
notamment à la suite de l'expérience de Bordeaux
1, le rapport qui unit étroitement l'art et la science ;
l'animation enfin, joue un rôle majeur pour la stimulation
du désir de culture.
Je terminerai en disant
que l'existence d'un réseau comme A+U+C me paraît indispensable
et je continuerai à défendre cette position même si
elle me vaut parfois quelques désillusions , parce
que les réseaux sont à la culture ce que les sentiers étaient
aux pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle : sur ces chemins,
les haltes étaient essentielles car elles étaient des lieux de
réconfort, d'échange et de brassage de la culture. Nous ne sommes
pas encore à Saint-Jacques-de-Compostelle. J'espère en tout cas
que nous avons tracé à Pau l'une de ces étapes qui permettent
de regarder en avant et d'aller plus loin.
Claude Patriat
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