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Les matheux et
la poésie Lors du colloque organisé par l'Université Paris-Sud du 6 au 9 juin dernier, sur le thème « Systèmes éducatifs comparés et actions culturelles dans les universités européennes », Floriane Gaber, comédienne et responsable des ateliers d'expression poétique a lu, avec la complicité de ses étudiants, un texte de présentation de son travail, dans lequel apparaissent la complexité en même tant que la nécessité des pratiques artistiques en milieu universitaire. Nous en publions ici de larges extraits. Dans sa forme écrite, il manque bien sur tout le talent de « diseuse » de Floriane Gaber. Restent néanmoins la pertinence et l'urgence du propos. Tout d'abord, il convient de souligner l'ouverture remarquable des responsables (...). Mais un « petit module » d'atelier lecture-écriture revient dans les faits à 25 heures = saupoudrage, ou alors il faut compter sur l'intérêt et la bonne volonté des étudiants et des enseignants pour participer à des sorties et à des stages extra-cursus organisés ou non à Orsay. Est-ce un système viable ? Mais il y a des problèmes d'inscription : un étudiant ayant moins de 8 en math n'a pu s'inscrire alors qu'il est fou de poésie, par contre deux matheux purs et durs ont "échoué" dans l'atelier alors qu'ils souhaitaient à tout prix approfondir leurs connaissances scientifiques. Résultat : un refus de participer, un malaise dans le groupe, l'échec au module. Est-ce une solution? (...) La philosophie du cours d'interprétation poétique n'est pas de faire de ces étudiants des « professionnels », mais de leur permettre de : - se découvrir, se
maîtriser (par des exercices de souffle, de voix, d'articulation,
de prise de conscience corporelle) ; Assez prêché. Je voudrais maintenant me permettre quelques suggestions : Après l'achat de livres de poésie à la BU, on peut envisager l'acquisition de cassettes et de compact discs, qui permettront de piquer la curiosité de certains, futures recrues potentielles, et de prolonger l'atelier par la fréquentation de ce genre de littérature lue par les auteurs eux-mêmes ou par des comédiens. La collaboration avec les structures culturelles est à approfondir, parce que la « consommation » sans contextualisation ne porte pas les mêmes fruits qu'une sensibilisation raisonnée dans la création (...). Les ateliers ont besoin de se nourrir de l'actualité artistique et de créer une dynamique avec les structures culturelles. (...) Perte de temps ? Comme si les maths, la physique, la chimie et autres sciences étaient destinées à rester confinées dans les cabinets et les laboratoires ! Daniel Reichvag nous parlera sans doute des modes de vulgarisation des sciences, il est aussi féru d'art et de spectacle vivant et sait combien « tout se rejoint ». Moi-même, j'ai pu vérifier les « réflexes professionnels » de mes étudiants en discutant technique de haut parleur, physique du son au concert ou courbe ressemblant à je ne sais quelle formule face à une peinture contemporaine effectivement créée par un peintre lui-même scientifique. La culture ? Un travail sur soi mais aussi une rencontre avec les autres. D'où le brassage intergroupes, inter-universités opéré cette année presque par hasard. (...) L'aménagement, sur le campus d'Orsay d'une salle de travail commune aux ateliers d'expression artistique pourrait décupler cet embryon de communication. Une grange, voisine du CFMI, pourrait faire l'affaire. Il suffirait d'une réfection des murs et des sols évitant la réverbération du son et le froid, et cet endroit pourrait accueillir non seulement les ateliers mais, pourquoi pas, certaines petites manifestations culturelles n'exigeant pas de lourdes conditions techniques et dont pourrait profiter l'ensemble du campus, voire la population environnante. Et non, un amphi ne peut pas « faire l'affaire ». C'est par l'intégration académique et matérielle des activités de formation, de diffusion voire de production culturelle que toutes ces initiatives seront viables. Sinon, elles deviendront ce qu'elles ne sont déjà plus aujourd'hui mais dont on les soupçonne : un supplément d'âme pour étudiants en mal d'évasion.
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