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La langue à
l'uvre « Le Temps des Écrivains » : c'est le nom d'une opération proposée aux universités et aux grandes écoles par la Maison des Écrivains (1). L'objectif est de favoriser des rencontres entre étudiants et auteurs, non pas avec une visée de pédagogie de la littérature, mais dans le cadre d'une démarche de développement culturel. Organisée avec le concours de la Fondation du Crédit mutuel pour la Lecture, cette opération est soutenue par les ministères en charge de la culture et de l'enseignement supérieur (2). « La langue de l'écrivain ne relève pas du discours universitaire tel qu'il se développe dans le cadre de l'enseignement d'un savoir acquis et quantifiable, ni de l'art de créer ou de manier les concepts, ni des théories de la communication, des linguistiques générales et appliquées Elle n'est pas un outil destiné à saisir l'objet de la pensée raisonnante, un instrument d'analyse, un langage spécialisé, technique, au même titre que d'autres, même si l'écrivain peut aussi intervenir en tant que spécialiste d'un genre et donner alors aux étudiants des repères théoriques et pratiques, voire des éléments d'information. La langue mise en pratique et mise en uvre par l'écrivain pratiquant donne accès au langage même, en tant que territoire à explorer. » À travers cette présentation du projet « Le Temps des Écrivains », son initiateur, Patrick Souchon, souhaite insister sur les principes qui doivent selon lui présider à ces rencontres entre le public universitaire et les écrivains. Que les choses soient claires dès le départ : il s'agit bien là de travailler dans une logique de développement culturel, et non pas « d'instrumentaliser » les auteurs dans une relation qui serait en fin de compte une sorte de détournement à des fins pédagogiques classiques du travail de création littéraire. Cette mise au point en forme d'avertissement pourra sembler superflue aux acteurs universitaires qui ont l'habitude d'intégrer la création artistique au processus de formation des étudiants. Pourtant, à bien y réfléchir, elle n'est certainement pas inutile pour tous les autres - ils sont encore nombreux - qui ne voient dans le langage que ce qu'il est dans son utilisation courante : le mode de communication le plus généralement partagé et l'outil privilégié de la transmission des connaissances. C'est là précisément, dans cette rupture nécessaire, que réside l'intérêt de l'opération « Le Temps des Écrivains » : parce qu'elle peut, à travers une action sur l'écriture, amener à réfléchir en termes de création artistique et de développement culturel des universitaires qui ne sont pas encore familiers de ce type de démarche. C'est pourquoi aussi il est particulièrement important de veiller au respect des principes directeurs. Le message semble, jusque là, plutôt bien passé auprès de ses destinataires. Lancée à la dernière rentrée universitaire, l'opération a déjà suscité de nombreuses réactions. Il faut dire que la proposition est alléchante, puisque la Maison des Écrivains finance l'intégralité des frais de déplacement et la moitié de la rémunération des auteurs qui interviennent sur les campus. En outre, elle aide au montage des projets, en participant notamment au choix des écrivains. Une dizaine de conventions sont actuellement signées ou en passe de l'être et, au total, près de trente établissements ont déposé une demande d'information ou d'intervention. Parmi les premières à s'être manifestées, on trouve bien sûr les universités engagées de longue date dans l'action culturelle (Clermont-Ferrand, Rennes 2, Lille 3, Paris 8, Paris 10, Paris 11, Littoral, Dijon, Toulouse 2, Tours). Mais il y a aussi des établissements ou des composantes moins coutumiers du fait, comme l'E.N.S. de Fontenay-Saint-Cloud, l'École des Mines de Douai, l'Institut polytechnique de Toulouse, l'I.U.F.M. de Lyon, ou encore tel service de documentation ou département de sciences. Un deuxième motif de satisfaction tient à la qualité des projets. Si certains s'éloignent difficilement de la formule classique du colloque ou de l'atelier, d'autres sont plus conformes aux ambitions de l'opération. Ainsi, à Dunkerque, une commande originale va être passée à un écrivain, qui aboutira à une lecture par des comédiens, en collaboration avec la Scène nationale. À l'I.U.F.M. de Lyon, près d'une vingtaine d'auteurs vont participer à des rencontres, des lectures et un séminaire sur la poésie contemporaine. À Dijon, des écrivains vont expérimenter, aux côtés de musiciens, de vidéastes et de plasticiens, des textes en cours de création, dans un Atheneum transformé en « Gueuloir » à la façon de Dickens et de Flaubert.
1. La Maison
des Écrivains : 53, rue de Verneuil, 75007 Paris, tél.
01 49 54 68 80.
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