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Brise glace
n° 20 décembre 1997 - janvier 1998

Pour conquérir de nouveaux amateurs de musique contemporaine, à commencer par des mélomanes en herbe, un jeune festival dijonnais fait appel à des étudiants que leur cursus a d'ores et déjà engagés dans l'art et dans la culture. « Why Note » fournit le cadre d'un exercice pratique en grandeur nature pour des étudiants de l'IUP1 Métiers de la Culture de l'université de Bourgogne.

« À '105', c'est un torrent de montagne qui s'assagit, progressivement, pour parvenir au calme de l'estuaire... » Sur la scène du Théâtre des Feuillants à Dijon, le compositeur Hugues Dufourt travaille sa partition avec les musiciens des Percussions de Strasbourg. Ils préparent « Sombre journée » pour le concert du soir. Une assistance, plutôt fournie et d'âge varié ne perd rien, ni des indications, ni des exécutions qui les suivent. Dans ce moment, se condense l'attitude du festival de musique contemporaine Why note, dont la seconde édition (du 1er au 7 décembre dernier) a été consacrée à « la percussion ».

« Notre ambition est d'apprendre au public à aimer la musique contemporaine. Pour cela il faut lui en fournir les moyens. Le festival est constitué d'auditions, de concerts, de conférences, de stages. Ce que nous demandons au public, c'est d'être pionnier avec nous : risquer l'écoute, risquer la rencontre. » Des étudiants inscrits dans différentes filières de l'université de Bourgogne ont pris au mot l'esprit ainsi défini par le directeur artistique de Why Note, Jean-Michel Lejeune. Ils se sont engagés, sachant qu'« il n'y a pas de métier de la culture sans militantisme », point de vue que Claude Patriat, directeur de l'IUP Métiers de la Culture, inculque à ceux d'entre eux qui suivent cette formation.

Au plan artistique tout d'abord, les deux programmateurs du festival, Jean-Michel Lejeune et Philippe Lalitte ont, dans une sorte de off, ménagé des auditions concerts où les étudiants du DUPM2 ont été invités à se produire. Interprètes et compositeurs : certains ont présenté « des premières œuvres et des recherches personnelles. » Les étudiants en musicologie ont trouvé leur place à la jonction de l'action artistique et de la relation publique. « Ils ont rédigé toutes les notes de concerts, précise Jean-Michel Lejeune, ce qui les a obligés à faire des recherches, à rencontrer compositeurs, chefs d'orchestre et interprètes. » Des contacts poursuivis à Dijon, cette fois dans l'accueil de tous les artistes hôtes du festival. Les étudiants en musicologie ont en outre fait fonctionner L'Espace Why note : un lieu de rencontre, d'information et de consultation.

Le Gamelan (photo ci-contre) est un orchestre traditionnel constitué essentiellement de percussions métalliques. On le trouve dans le sud-est asiatique, à Java et Bali, souvent associé à la danse et au théâtre d'ombre. Debussy, ayant entendu un Gamelan javanais à l'Exposition universelle de 1889, fut fasciné par le son et les incroyables superpositions rythmiques de cet orchestre. De nombreux compositeurs en intègrent les influences tels Ravel, Messiaen, Britten, ou, plus près de nous, Steve Reich.
La Galerie Sonore d'Angers, fondée par Maurice Fleuret, a pour vocation de faire découvrir et pratiquer les musiques extra-européennes et plus particulièrement l'orchestre de Gamelan dont elle possède l'un des rares exemplaires d'Europe.
(extrait de la plaquette Why Note 97 - la percussion)

Au plan de sa préparation, de son organisation et de sa conduite, le festival a pu compter sur sept étudiants de seconde année de l'IUP Métiers de la Culture. Claude Patriat, très attentif à cette liaison pédagogie/pratique, estime que « la formation doit être complètement perméable à ce qui se passe sur le plan local. Pour les acteurs culturels, il existe à l'IUP un volant de 90 personnes à même d'accomplir des tâches pouvant aller du simple au complexe. Ce qui est important, c'est qu'ils acquièrent la culture d'un milieu. Le travail mené par les étudiants de 2e année dans Why note peut constituer la base de leur dossier de projet culturel. » Dans leur apprentissage du terrain culturel grandeur nature, ces sept étudiants, pour qui « la musique contemporaine a été une découverte », se sont vus confier des tâches stratégiques.

Un groupe a pris en charge la régie d'un atelier de découverte du Gamelan (voir encadré ci-contre). Pour ce faire, ils ont dû s'occuper des relations avec la Galerie Sonore d'Angers, ainsi que de la gestion des questions techniques (transport, installation) et contractuelles. Après quoi le travail de terrain a pris le relais : pendant toute la semaine qu'a duré le festival, amener des groupes scolaires à découvrir les instruments et cette musique de Java, avec le Gamelan qui a eu une influence sur certains compositeurs, tel Steve Reich, présent dans Why note.

Communication et recherche de public ont été assurées par un autre groupe de l'IUP. Travail multidirectionnel pour répondre à l'aspiration du festival de développer l'audience de la musique contemporaine : information auprès des écoles de musique de Bourgogne, des professionnels, et, exercice plus ardu, approche d'un public non averti, dont ce jeune public dans qui tout art projette une part de son avenir.

Ce travail réalisé par les étudiants de l'IUP, Jean-Michel Lejeune entend lui fournir un prolongement : « Je leur ai offert de me retrouver au mois de janvier et de m'interroger très largement sur le fonctionnement du festival, dans tous ses aspects, artistique et administratif. Je leur consacrerai beaucoup de temps. » Ses actions pendant le festival ont fait germer une idée dans le groupe : fonder une association « pour lancer un festival en juin ». Pourquoi pas ?

M.P.

1. IUP : Institut Universitaire professionnalisé.
2. DUPM : Diplôme Universitaire de Pédagogie Musicale.

 

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