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Atout Vitez L'Université de
Provence a appelé son théâtre Antoine Vitez. L'UFR de lettres de l'université de Provence (Aix-Marseille 1) compte une filière Arts du spectacle. Dans une aile de la faculté, un amphithéâtre offre un double aspect. Rien qui y surprenne dans la partie en gradins : les grands arcs de cercle des tablettes et les sièges à abattant conservent au lieu un air studieux. En revanche la chaire professorale a disparu. Nous sommes dans un théâtre. Il porte le nom d'Antoine Vitez. Danièle Bré en est la directrice artistique ; elle enseigne aussi (maître de conférences) en Arts du spectacle. Partisan d'une pédagogie active, elle implique ses étudiants dans la pratique théâtrale à l'université en les confrontant au terrain : l'animation d'ateliers théâtraux de pratique amateur dans toutes les cités universitaires d'Aix en Provence et de Marseille. Art, Bases, Conscience, Disciplines : pas un côté du carré d'Aix qui ne s'arrime à une réflexion propédeutique sur la fonction du théâtre. Danièle Bré s'appuie sur des observations. L'évolution (l'involution ?) du modèle théâtral au sein des universités lui dicte de réagir en conséquence : « L'apparition des enseignements théâtraux dans les universités a entraîné une modification importante de la pratique du théâtre universitaire. Auparavant, il s'agissait d'un théâtre amateur à part entière, assez savant au surplus. » Il s'est certes produit une multiplication des offres de formation théâtrale, mais encore fallait-il en estimer la portée, et selon Danièle Bré « les universités ont fait le choix de mettre en place des ateliers d'initiation qui sont des modules optionnels de DEUG. Il en a existé trois ou quatre à Aix. C'étaient des UV mineures et à bon compte. Le rapport à l'art y était abordé de telle manière qu'il entraînait une banalisation de la pratique artistique. Le travail de ces ateliers ne débouchait sur aucune production. Pédagogiquement, les choses devinrent de plus en plus difficiles à gérer. » Ces ateliers ont disparu à Aix et d'autres initiatives les ont remplacés, qui d'une part sont sous la responsabilité de porteurs de projets artistiques, d'autre part reposent sur un volontariat bien plus important et corrigent un manque flagrant de pratique de groupe. Danielle Bré entend battre en brèche cette dérive, et infléchir une tendance qu'a « l'université aujourd'hui de former des jeunes professionnels qui n'investissent pas dans la philosophie du théâtre amateur. » Pratik Teatr est une association qui se situe à la jonction du « désir à l'uvre » et de la préfiguration professionnelle. Elle est née au début de la saison 1995-1996, le Théâtre Antoine Vitez proposant aux étudiants en DEUST médiation-animation culturelle ou en licence d'études théâtrales, la mise en place et l'encadrement d'activités de pratique amateur, afin de répondre à une importante demande émanant des étudiants, à quelque discipline qu'ils appartiennent. L'activité d'un atelier dans chaque cité universitaire a été grandement favorisée par la collaboration de sa directrice ou son directeur, et par l'existence d'une relation étroite avec le CROUS. Pratik Teatr a par ailleurs demandé son intégration à Culture Action et a entrepris les démarches nécessaires pour passer sur le budget du CNOUS. Rien que de parfaitement justifié pour Dimitri Régnier ; cet étudiant en licence d'études théâtrales est objecteur de conscience en poste au Théâtre Antoine Vitez. Il y assure la responsabilité de l'association. A ses yeux, l'encadrement des ateliers de pratique amateur par des étudiants peut se concevoir comme « un service public. » Son caractère « pré-professionnel » permet en outre de se projeter tant soit peu dans la vie active et de prendre certains devants. Aussi Dimitri affirme-t-il que « la volonté de ces ateliers, c'est en plus de faire reconnaître le statut d'animateur de théâtre dans sa spécificité, et de le prévoir dans les conventions collectives. » Aujourd'hui on croit encore trop le métier d'animateur sorti d'un moule unique et ressortissant à la seule action socio culturelle. Non, « les étudiants qui sortiront de cette formation se situeront comme des hommes de théâtre spécialisés dans l'animation. » De là une exigence dans la dualité pédagogique : mode d'enseignement théorique et contrôle régulier, par un effet de balancier, d'une application pratique qui jouit par ailleurs d'une forte autonomie. « Dirigeant une formation professionnelle, je suis extrêmement critique en ce qui concerne les institutions théâtrales et me propose de former autrement au théâtre, explique Danièle Bré. Il convient en outre d'être clair sur un point : ce ne sont pas les élites que l'on trouve dans les disciplines littéraires, mais les enfants des petites classes moyennes et des migrants. Il n'existe pas chez eux de tradition culturelle. Dès lors, comment former au théâtre des gens qui, pour la plupart n'y sont jamais allés ? Et vu les tarifs pratiqués dans les institutions de la région, c'est hors de leur moyens. » L'existence du Théâtre Antoine Vitez sur le campus d'Aix en Provence est déjà une réponse : « Un théâtre d'application des formations en même temps qu'un lieu de développement artistique dans les campus. Pour apprendre un métier, il faut l'exercer, et pas dans n'importe quelles conditions. » La saison du théâtre Antoine Vitez affiche une unité ; elle se forge autour d'un thème, et autour d'un auteur qui relient la création professionnelle, la pratique amateur, la formation ; avec cet appoint que thème et auteur (contemporain) désignent d'entrée le champ d'une actualité et de sa dramaturgie. « Membrane entre l'individuel et le social ; [...] entre le quotidien et l'historique »1, le cycle La masse & l'intime organise une démarche de création et de représentation, un acheminement Vers l'intégrale de l'uvre de Jean-Luc Lagarce, disparu fin septembre 1995. Ses pièces sont éloquentes d'un « monde enfant d'une parole absente, d'une parole qui se plaint de n'avoir pas eu une réelle transmission : celle de la génération 68, c'est-à-dire des parents de ces jeunes gens que l'on retrouve à l'université. Jean-Luc Lagarce est un des rares auteurs à avoir écrit sur ce qui a fabriqué les jeunes comme ça » soutient Danièle Bré. Les étudiants responsables d'ateliers de pratique amateur sont invités à travailler, au moins en filigrane dans le cadre du projet culturel. Huit ateliers, comprenant en moyenne douze étudiants, fonctionnent une fois par semaine entre 19 et 23 heures dans les cités universitaires d'Aix en Provence et de Marseille, « dans la joie et la bonne humeur » est-il spécifié dans la présentation de l'un d'entre eux. Dimitri Régnier, qui anime un de ces ateliers, se charge de la préparation puis de la coordination au démarrage. « Ensuite, les animateurs prennent intégralement en charge leur atelier. Je me contente dès lors d'être le relais entre l'institution et eux. » Danièle Bré assure le suivi pédagogique. Tous les quinze jours, elle réunit les animateurs. Travail théorique le matin ; l'après-midi sont abordées les questions pratiques : « Comment construire une offre ? Qu'est-ce que ça signifie : monter un atelier ? Comment structurer dramaturgiquement le projet ; c'est-à-dire comment adapter un élément rêvé aux nécessités du réel : le groupe ? Il faut apprendre à faire de l'art avec la contrainte. Comment aussi modifier une demande émanant des membres d'un atelier pour la conduire du simple loisir à une exigence plus grande ? L'idée de ces ateliers est de former des amateurs, sans qui on ne reviendra pas à un théâtre universitaire fécond. » Trois de ces ateliers présenteront leur travail, sur Jean-Luc Lagarce, entre le 16 et le 18 juin dans Les 3 Jours et (+), au Théâtre Antoine Vitez. Une manifestation organisée en collaboration avec le CROUS et Pratik Teatr. Plus qu'une simple appellation le nom d'Antoine Vitez, qui fut un grand pédagogue, symbolise peut-être au fond cette aspiration à conjuguer formation et art dramatique. Pour « ne pas déchoir devant la scène du Temps »2. Danièle Bré estime que « refaire du Théâtre un métier constitue un enjeu politique : il y aura de nouveau une pratique amateur quand il y aura de nouveau un métier ». Ce dont Dimitri Régnier se fait le porte-parole - une préoccupation professionnelle enthousiaste - va dans le même sens. M.P. 1. Francis
Marmande. La perfection du Bonheur. Descartes & Cie, 1994.
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