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Projets étudiants

La caverne d'Ali Bab'Arts
n° 1 octobre 1995

Christine Tournecuillert et Valérie Becquet
CLIC de Jussieu
Université Paris 6-7
Boîte courrier n¡144
2-4, place Jussieu
75 005 Paris
01 44 27 29 30 / 01 44 27 32 69
Permanence le mardi de 10h à 12h et le vendredi de 14h à 16h
Ali est aussi un vendredi par mois, de 11 h 30 à 12 h 30
sur Fréquence Paris Plurielle (106.3).

Ils ne sont pas quarante, loin de là, et d'ailleurs, à part leurs propres affirmations, rien ne laisse supposer qu'ils soient voleurs. Dans ce conte-là, il y a simplement une poignée d'étudiants qui se frottent aux dures réalités du contraste entre les tentations de l'art et sa fréquentation, entre les actions conduites par les universités et les réactions de ce public insaisissable que constituent les étudiants.

Au départ, ils étaient cinq. Cinq étudiants en licence de Conception et mise en œuvre de projets culturels à l'université Paris 7-Jussieu. Cinq à faire le constat que les associations culturelles étudiantes foisonnent en région parisienne, mais qu'à l'intérieur de chaque campus on ne sait pas ce qui se passe ailleurs. Qu'à cela ne tienne. Il suffisait de mettre en place un réseau d'information, qui permettrait de diffuser chaque mois les programmes culturels des universités franciliennes, mais aussi, pourquoi pas, de faire le bilan de l'action des services culturels et de leur politique. Fut dit, fut fait, et ainsi naquit, au mois d'avril 1994, l'association La Caverne d'Ali Bab'Arts. Le projet, dès le départ, avait reçu le soutien financier et matériel de l'université de Jussieu, et avait été intégré dans la formation de ses initiateurs comme stage de licence.

La naissance a été rapidement suivie de la parution du numéro zéro d'un journal qui ne comportait alors que deux pages d'agenda. « Sésame, ouvre-toi », pouvait-on lire en éditorial, « que les facs s'animent, que les projets foisonnent, que les collaborations fourmillent, que la réflexion bourdonne, que la création pullule, que les initiatives grouillent ». Seulement voilà, on a beau être convaincu que les nuits de la culture universitaires brillent de mille et un feux, il faut bien parfois se rendre à l'évidence que la réalité ne ressemble pas toujours à un conte. Quelques volontaires se sont manifestés, ici où là, pour servir de relais et aider à distribuer les journaux, mais force est de constater que les trésors d'Ali n'ont pas déchaîné l'enthousiasme général. Les gardiens de la Caverne, eux, sont restés ensemble le temps de sortir deux autres numéros, et puis la vie professionnelle les a dispersés.

Aujourd'hui, les voleurs en chef sont des voleuses et ne sont plus que deux à mener la barque et à se dépenser comme quarante pour réaliser, chaque trimestre, un journal de quatre pages comportant les programmes des universités, des petites annonces et des comptes rendus. Les annonces témoignent de l'utilité du journal : on y voit un auteur recherchant un acteur ou inversement, une passionnée de littérature échangeant une collection de Guides du Routard contre les compétences d'un spécialiste de Blaise Cendrars, une association recrutant un professeur de gospel, ou encore un vice-président d'université en quête d'un étudiant ERASMUS pour témoigner lors d'un colloque. Le ton est parfois vif, l'humour ne manque pas, et Ali ne se départit jamais de sa bonne humeur.

Il aurait pourtant, parfois, de bonnes raisons d'être morose. « Quand j'ai su qu'on ne pourrait pas sortir le numéro du printemps, dit Valérie Becquet, une des deux Shéhérazade, j'ai été complètement démotivée. » Car puisque les adhérents ne sont pas légion, il faut bien compter sur les subventions pour vivre. Et les subventions, comme chacun sait, sont encore plus difficiles à obtenir que les protestations de bonne volonté. Le numéro 5 n'est donc pas sorti, mais l'espoir a repris, avec l'annonce de plusieurs dotations : des universités Paris 6 et Paris 7, des CROUS de Créteil et de Paris, et de la DRAC d'Ile-de-France. De quoi envisager la reprise de la publication dès la rentrée.

Avec un regret tout de même : si les responsables des services culturels ont rapidement compris l'intérêt qu'ils avaient à diffuser leurs programmes par le biais de la Caverne d'Ali Bab'Arts, les universités (à l'exception de Paris 6 et Paris 7), sont plus réticentes sur le financement. « Pourtant, dit Valérie Becquet, le calcul est simple à faire : l'université Paris 10, par exemple, engloutit chaque année 120 000 francs dans des tracts d'information sur ses activités culturelles. Si on n'avait ne serait-ce que 10 000 F par an et par université, on pourrait créer un service inter-universitaire, employer deux personnes à mi-temps et, en plus du journal, offrir une documentation et des conseils. » La Caverne d'Ali Bab'Arts, faute de combattants, est donc tentée de s'institutionnaliser, de passer d'une logique associative à une structure administrative. Au risque de perdre en enthousiasme ce qu'elle gagnerait en espoir de pérennité.

Mais après tout ce n'est pas la faute d'Ali si le militantisme ne fait plus recette. S'il est tellement difficile de cerner les envies et les motivations de ce drôle de public que sont les étudiants.

I.M.

 

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