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Assas délivrée
Assas libérée Le 17 décembre dernier s'est tenue au Centre Assas une « Journée du Livre » pas ordinaire. C'était le premier salon du livre pluraliste, démocratique et républicain jamais vu à l'université Paris 2. Une manifestation organisée par l'UNEF-ID, l'UEJF (Union des Étudiants Juifs de France), Astérix (Association Symbolisant Tout Étudiant Rejetant l'Intolérance et la Xénophobie), le Manifeste contre le FN, Assas Autrement et l'association des étudiants de l'Institut français de presse. Ce mercredi 17 décembre, le Centre Assas revêt un visage digne des journées chaudes de Mai 68. À l'extérieur, l'extrême droite n'a pas lésiné sur les affiches provocatrices : « Assas ne sera pas Nanterre ». Affiches signées « Union-droite », de même que celles qui montrent un rat étrangement ressemblant à Yasser Arafat avec ce slogan : « À Paris comme à Gaza : l'Antifada ». À l'entrée du bâtiment, la fouille des sacs et poches est sérieuse, mais n'a pas empêché que le matin même, vers 8 heures, les locaux du PSA-UNEF-ID soient incendiés avec de l'essence et des tracts de l'extrême droite. Deux mille étudiants environ circulent entre les stands, autour de 80 auteurs venus « faire acte de résistance ». Parmi eux, Philippe Bataille, Annie Ernaux, Frédéric Fajardie, Jean-Paul Fitoussi, Vivianne Forrester, Jacques Gaillot, Françoise Giroud, Alexandre Jardin, Serge Klarsfeld, Claude Lanzmann, Serge Livrozet, Gérard Miller, Michel Ragon, Maurice Rajfus, Pierre Rosanvallon, Philippe Sollers, Alain Touraine, Dominique Wolton ou encore Thierry Messan, le président du Réseau Voltaire, qui travaille sur l'extrême droite et l'obscurantisme religieux. Des auteurs dont la plupart sont sur la « liste noire » des forces d'extrême droite. Dans le grand hall d'entrée, l'atmosphère est tendue. Des dizaines d'étudiants sont venus faire dédicacer des livres, d'autres sont là par curiosité ou par militantisme. Au fond du hall, au-dessus des balustrades, quelques militants d'extrême droite, « coupe courte » et blouson de cuir, regardent d'un air moqueur l'effervescence règnant dans ce lieu qui, jusque là, n'a abrité que leur « salon du livre français » (organisé par le CERCLE, association proche du Front national). C'est la première fois que l'administration universitaire autorise cette « contre-manifestation » : elle se tenait auparavant à l'extérieur de l'université, sous l'étiquette « le salon des refusés d'Assas ». Pour les étudiants d'extrême droite, c'est une pure provocation ! Pourquoi ce changement d'attitude de la part de l'administration ? L'organisateur du « Salon Délivre », Xavier Renou, avance une explication : « Le nouveau président est plus malin que les précédents. Il a compris que, sociologiquement, Assas a changé. Il y a de plus en plus d'étudiants issus de milieux sociaux modestes. Ils sont de plus en plus à gauche et l'extrême droite est vraiment minoritaire, même si ses membres sont particulièrement actifs Aux dernières élections des conseils d'université, elle n'a remporté que 10 % des voix. » Et puis, poursuit Xavier Renou, « notre salon est soutenu par de nombreux écrivains et intellectuels. Pour un président d'université, ça commence à être mal vu de laisser le monopole de la culture à ces groupuscules. C'est opportuniste » Derrière ses livres, Maurice Rajfus considère que sa présence est plus qu'un acte militant : « Ce salon est symbolique et capital. Il ne faut pas oublier que quand l'extrême droite arrive au pouvoir, la première chose qu'elle fait, c'est de détruire la culture. En 1933, en Allemagne, les nazis ont très vite organisé des autodafés. En France, à l'automne 1940, avec la complicité de la police française et de certains éditeurs et libraires, plusieurs tonnes de livres ont été détruites. » À quelques mètres de là, Françoise Giroud affiche son engagement : « Ma présence ici est symbolique de la liberté d'expression à laquelle je suis attachée. Il faut être là aujourd'hui. » Pour les organisateurs, désormais, « cette manifestation a acquis une légitimité qu'il sera difficile de remettre en question. » Mais au-delà de cet événement qui restera une date capitale dans l'histoire d'Assas, les étudiants souhaitent que l'administration soutienne davantage leurs activités culturelles, à défaut de les organiser. « Toutes les autres facs ont une image plus culturelle. Assas s'est fait aligner par le Comité national d'évaluation qui reproche son extrême centralisme. Ici, la présidence décide de tout, notamment au niveau culturel. Résultat : le bureau culturel n'a aucune autonomie. Il se contente de distribuer des places de théâtre à tarif réduit pour les agents administratifs. Il attribue également une subvention pour une pièce de théâtre montée par les étudiants. C'est tout. Et quand nous demandons des salles pour des conférences, on nous les refuse », conclut Xavier Renou, qui considère que le succès de ce salon doit secouer la léthargie culturelle de Paris 2. Cette manifestation aura en tout cas sérieusement ébranlé le bastion de l'extrême droite universitaire. Une image qui correspond de moins en moins aux 18 000 étudiants qui y sont inscrits. I.P.
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