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Éditos

La diagonale du flou
n° hors série « formations culture » mars 1996

Une des singularités de l'association Art + Université + Culture, c'est de ne pas approcher l'université par l'entrée aussi naturellement évidente que légitime de sa mission de diffusion du savoir. Nous pensons qu'il y va de son efficacité de la considérer comme une institution sociale à part entière, occupant physiquement un espace et pouvant être un acteur essentiel du développement culturel. L'histoire récente des établissements universitaires montre que la reconnaissance de leur citoyenneté n'est pas évidente, et qu'il faut multiplier les projets et les réalisations pour réveiller ce monde endormi.

Pourquoi alors consacrer un numéro spécial à des formations ? Deux raisons militent en faveur de cette contradiction qui n'est qu'apparente. L'une générale : ne pas limiter l'Université à son travail de formation ne signifie pas que cette mission soit ignorée dans la démarche d'action culturelle. Au contraire, en renversant la démarche traditionnelle, nous pensons que l'outil des cursus dispensés par l'institution universitaire peut être mis au service d'un projet artistique, qu'il peut être l'instrument permettant d'impliquer concrètement étudiants et enseignants dans une œuvre à faire ou à présenter. C'est d'ailleurs comme cela que l'on atteindra la nécessaire et irremplaçable dimension éducative dans le rapport à la culture. La deuxième raison tient au fait que nous envisageons ici un type particulier de formations : celles qui sont censées préparer aux métiers de la culture, et plus précisément à ceux qui sont là pour garantir le passage entre le public et l'œuvre.

Le fait que l'on assiste à une multiplication de l'offre universitaire dans ce domaine est en soit significatif : nous le considérons comme l'un des révélateurs principaux de cette ouverture de l'université au monde de la culture. Certes, l'attrait récent et puissant pour la préparation à la gestion, à l'administration et à la médiation culturelles traduit également une forte attente des étudiants, elle-même conséquente des profondes transformations intervenues dans le milieu de la culture. On sait que l'une des dimensions essentielles de ce changement consiste dans un rapprochement et une interpénétration de l'économie et de la culture. Les responsables de structures ou de projets, y compris dans le secteur subventionné, ne peuvent plus ignorer les règles de la gestion en vigueur dans l'entreprise. C'est la légitimité même de l'intervention publique dans l'univers marchand qui est en cause dans cette reconnaissance mutuelle. Le phénomène semble irréversible : il n'est pas nécessairement négatif, à condition de prendre la mesure de la spécificité des biens culturels et de ne pas confondre l'instrument et la fin, le mode de gestion et la poursuite d'une rentabilité. N'est-ce pas exactement la raison d'être de formations aux métiers de la gestion, de l'administration et de la médiation culturelles, que de tenter de préserver l'équilibre entre les exigences de la mise en œuvre d'un projet et celles de son contenu ? Que d'apprendre à entreprendre la culture, sans en faire une entreprise comme les autres ?

On trouvera dans ce numéro hors série un témoignage de ce que l'université peut apporter à ce débat, elle que la tradition a placée à l'abri des contraintes du marché. Afin d'ouvrir la discussion, nous avons choisi de reproduire ici, entre autres documents, des extraits des Cahiers d'Art + Université + Culture consacrés à cette question des formations, notamment le dossier publié au mois d'octobre dernier sur les diplômes de troisième cycle. Nous y avons ajouté deux articles illustrant d'autres niveaux de formation, parus dans les numéros deux et trois.

Claude Patriat

 

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