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Vendanges
tardives L'une des grandes fractures consolidées freinant le développement de l'action culturelle en France consiste, on le sait, dans la séparation entretenue entre le système éducatif et l'appareil culturel. Cela remonte à loin, aux prémices du développement du service public éducatif, lorsque les pères fondateurs de la IIIe République avaient préféré l'instruction à l'éducation. Les choses se sont aggravées avec la création d'une administration spécifique de la culture et le renforcement des structures dédiées intégralement à l'action artistique et culturelle. Deux univers s'ignorent, se jalousent voire se rejettent, rendant difficile toute initiative intégrant l'art dans un projet éducatif. Une sorte de marais dans lequel les uns et les autres hésitaient à s'avancer s'est constitué aux frontières des deux territoires. Cette nébuleuse incertaine a interdit notamment de s'appuyer sur le monde des amateurs pour féconder aussi bien l'action culturelle que l'éducation. Pas assez rigoureux pour les uns, trop divertissant pour les autres, voici l'amateurisme disqualifié, alors même qu'il aurait dû constituer le ferment d'une ouverture réciproque. Les choses changent, du moins en apparence. Les discours officiels regorgent de références au « jeune public », d'appels au partenariat éducation-culture, d'évocation d'une médiation artistique, de soutien aux pratiques amateurs. Dans le prolongement de ces incantations, les circulaires succèdent aux déclarations d'intention, pour tenter d'instaurer, enfin, de véritables liens entre art et éducation. Sous certains climats, les vendanges tardives ne sont pas les plus mauvaises. Elles peuvent même être les meilleures. À condition toutefois que l'on multiplie les précautions et qu'on ne laisse pas sévir les toutes premières gelées. Or, certains éléments peuvent laisser douter de la cohérence globale de l'ambition affichée. D'abord, on relèvera la très surprenante absence du ministère en charge de la Jeunesse et des Sports dans la circulaire du 22 juillet 1998, alors même qu'il était signataire du Protocole d'accord de 1993 sur l'éducation artistique. Cette mise à l'écart fait question, surtout si l'on sait l'intelligence des initiatives prises depuis quelques temps par ce ministère, et si l'on se rappelle qu'il y a peu, Madame la Ministre de la Culture a signé un accord avec les fédérations d'éducation populaire. Ensuite, la récente réorganisation de l'administration centrale de la culture a fait une victime : l'ancienne DDF devenue DDAT. Que de chemin parcouru à l'envers depuis la Direction du Développement culturel ! Que d'abandons de terrain en matière de formation ! Que d'affaiblissements des liens avec les instances déconcentrées ! L'une des raisons qui fait le plus douter aujourd'hui de la capacité du ministère de la Culture à impulser véritablement une politique de développement culturel digne de ce nom, c'est l'absence évidente de prise en compte de la question des formations jusque dans l'organigramme de l'administration centrale. Enfin, l'affirmation d'une ambition culturelle doit être portée par une volonté politique au plus niveau de l'État. Or, à écouter l'actuel premier Ministre présenter la deuxième étape de son mandat, on reste stupéfait : pas un seul mot sur l'éducation ; pas un seul mot sur la culture. On est donc loin de pouvoir imaginer qu'il envisage une collaboration entre les deux. Il est de fait que l'environnement, la qualité de la vie, l'aménagement du territoire sont des préoccupations plus présentes dans l'air du temps, peut-être plus rentables immédiatement. Il n'est pas sûr qu'à long terme les citoyens s'en contentent.
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