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Édito

Rien ne sert de partir…
n° 28 - novembre 2000

Décidément, rien ne sert de partir à point, il faut d'abord courir. L'histoire de l'action culturelle universitaire inverse les termes de la fable. En effet, lorsqu'ils posaient, dès le début des années quatre-vingt la question de l'indifférence des universités à la culture vivante, les futurs fondateurs d'A+U+C étaient partis à point. Certes, ils avaient le sentiment que la France avait un retard considérable à rattraper, mais la regrettée Direction du développement culturel avait décidé de prendre le problème des relations éducation-culture à bras le corps. Lieux de savoir, de recherche, de transmission, regroupant des communautés grandissantes de jeunes en formation, les établissements d'enseignement supérieur semblaient naturellement appelés à jouer un rôle moteur dans la dynamique culturelle du pays : qui, mieux qu'eux, par leur tradition d'indépendance, pouvaient développer une analyse critique de la production artistique contemporaine ? Qui, mieux qu'eux, par leur distance à l'égard du marché culturel, pouvaient abriter le renouvellement des formes artistiques ? Un certain nombre y ont cru et ont créé le réseau A+U+C pour faire partager leur conviction et faciliter la réalisation de cette légitime ambition, en mutalisant leurs expériences forcément singulières.

C'était il y a dix ans.

Aujourd'hui, il faut déchanter. Dans le sillon des premiers pionniers (Dijon, Toulouse 2, Rennes 2 et Clermont-Ferrand), des avancées importantes ont été faites dans les années quatre-vingt-dix : construction ou aménagement de lieux dédiés à l'art sur les campus, mise en place de programmations régulières associant étroitement des professionnels de l'art et de la culture, actions in situ réalisées en partenariat avec les institutions artistiques et culturelles de la cité. Bordeaux 3, Lille 3, Nantes, Metz, Aix-Marseille 1, Lyon 2, pour n'en citer que quelques-uns, se sont donné des salles consacrées exclusivement à la culture. Or, un mystérieux réchauffement climatique menace à présent de recouvrir de sable et d'eau ces rivages lentement et durement aménagés. Il s'agissait avant tout de créer les conditions d'une confrontation ouverte autour de la culture contemporaine dans ses différentes formes d'expression. Autrement dit, de demander aux établissements d'enseignement supérieur, conformément à leur mission, d'accomplir un travail d'éducation artistique, tant auprès des étudiants que de la cité dans son ensemble.

Las, le développement de l'action culturelle s'est fréquemment traduit par l'affadissement du projet et par l'ignorance de toute ambition critique et créatrice. Si, aujourd'hui, la plupart des établissements indiquent avoir une politique culturelle, celle-ci se réduit trop souvent à un saupoudrage plus démagogique que savant entre soutien aux projets étudiants et ateliers plus ou moins bonifiants. Tout cela est évidemment nécessaire, mais certes pas suffisant : dans cette double réduction vers l'utilitaire ou le plaisant, il y a un double danger d'instrumentalisation et de dilution. Instrumentalisation par utilisation de la substance artistique à des fins étroitement didactiques ; dilution dans de vagues pratiques de sociabilité sans prétention mais sans exigence. Nous voilà revenus aux antipodes d'un acte d'éducation artistique et culturelle tels que l'imaginaient les développeurs de naguère. Cet acte-là s'appuie sur l'engagement, le choix critique, le risque assumé. Prétendre l'ignorer, c'est non seulement régresser et manquer à ses missions : c'est également se livrer au piteux camouflage d'une absence de projet pour l'Université.

 

Claude Patriat

 

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