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Éditos

L'hiver en été
n° 27 juin 2000

Décidément, la Bourgogne bénéficie d'un climat continental. Le chaud peut y succéder au froid, le froid au chaud, sans transition. Ainsi, dans une même semaine, son université se voit fort honorée par la nomination d'un de ses anciens présidents à la tête du Comité national d'évaluation. Mais, simultanément, elle se couvre de déshonneur lorsqu'on apprend, par une banale annonce légale, la mise à mort du centre culturel Atheneum. Pourtant, l'université de Bourgogne avait, dans le passé, donné l'exemple en formulant un projet culturel fort et en organisant sa logistique : c'est ici qu'avait été créée, dès 1971, la première Commission des affaires culturelles ; c'est là que le premier centre culturel implanté sur un site universitaire avait vu le jour, en 1983 ; c'est encore là qu'avait été signée la première convention tripartite ministère de la Culture/Université/centre culturel garantissant une intervention financière annuelle importante de l'État aux côtés des collectivités territoriales. Bref, une image en apparence harmonieuse d'université en phase avec sa mission éducative interprétée dans la plénitude du terme. En apparence, disons-nous, car sur place, depuis quelques années, l'édifice donnait des signes de faiblesse. Le fossé se creusait entre les partisans d'une action culturelle ramenée à la vie étudiante et ceux, moins nombreux, attachés à un développement artistique et culturel impliquant artistes et professionnels de la culture. Plus le projet de l'Atheneum s'enrichissait de l'épaisseur de l'expérience, de la reconnaissance artistique, de financements extérieurs à l'Université, plus la jalousie pointait, plus les moyens alloués par l'Université étaient chichement comptés, moins l'indépendance de l'association était tolérée.

Profitant du moment de flottement lié au renouvellement des équipes dirigeantes et de la faiblesse présidentielle, les adversaires résolus de l'autonomie de l'Atheneum ont obtenu gain de cause. La vacance souhaitée de la direction a finalement débouché, après une saison d'incertitude, sur la mise à mort sale et brutale de la structure. Si le président de l'Université de Bourgogne avait été réellement soucieux de garantir la continuité, si son unique objectif avait été de remplacer l'association par un service placé directement sous son contrôle, une solution simple s'offrait à lui : la reprise progressive du projet, des moyens et des personnels par l'Université. Cela aurait eu le mérite de la dignité. En choisissant de provoquer artificiellement la liquidation, il indique clairement son choix de faire table rase et de disperser à l'encan les acquis d'une action de quinze années.

Ce genre de coup de force contre des strcutures culturelles n'est hélas pas exceptionnel. Il prend toutefois un relief singulier dans le territoire universitaire, où l'action culturelle n'a pas encore acquis un statut solide. L'affaire est d'autant plus choquante que les responsables universitaires n'étaient pas seuls dans ce mauvais coup : ils ont reçus le renfort décisif du Directeur régional des affaires culturelles, sans qui l'irrémédiable ne serait peut-être pas arrivé.

 

 

Claude Patriat

 

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