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Masculin-féminin Il y a la vie étudiante. Il y a la vie de l'étudiant. D'un côté, le boire, le manger, le dormir. De l'autre la formation, l'acquisition du savoir. L'histoire syncopée des universités françaises charrie avec elle de vieilles blessures, d'antiques coupures, qui s'expriment dans d'anachroniques qualifications sémantiques. Alors qu'il serait si clair, si direct, si logique de parler simplement de vie universitaire, la persistance d'une coupure institutionnelle entre les établissements chargés de la transmission des valeurs immatérielles et ceux qui assument l'accompagnement matériel oblige à considérer que l'étudiant vit deux vies. L'affaire est plus lourde de sens qu'elle n'en a l'air : elle pourrait l'être de conséquences si les acteurs concernés n'avaient pas travaillé à une collaboration positive. En effet, la distinction formelle des uvres universitaires et des activités d'enseignement exprime une conception de l'Université aujourd'hui dépassée : celle qui limitait l'implication des enseignants à la diffusion magistrale des connaissances, l'étudiant devant élaborer seul son parcours éducatif. La massification de l'Université, la diversification des recrutements, la précarisation des débouchés ont fait éclater le mythe de l'accomplissement autonome. La construction de campus rendue nécessaire par une très forte augmentation des populations étudiantes a constitué une première entorse à l'indifférence à l'égard du cadre de vie. Très vite, il est apparu que la réussite d'un cursus de formation ne pouvait se concevoir sans la prise en compte des conditions de vie. De ce point de vue, le désert universitaire a crié très fort. Les contrats d'établissement, le schéma Universités 2000 ont ouvert la voie à une nouvelle définition plus cohérente, plus globale de la communauté universitaire. Une réflexion sur la qualité des sites s'est progressivement développée, qui s'est traduite par une exigence de lieux de vie. Des dispositifs d'accompagnement se mettent en place sous forme de tutorat, qui viennent prolonger l'action pédagogique. Ainsi, la frontière rigide entre l'enseignement et l'action sociale se trouve progressivement bousculée et la répartition des rôles évolue insensiblement. La traduction la plus fondamentale et la plus nette de cette transformation consiste dans la prise de conscience de la nécessité d'une action culturelle. Le ressort principal en est l'intégration des pratiques artistiques et de création aux cursus de formation. Le soutien aux initiatives étudiantes accompagne cette insertion et constitue un instrument d'ouverture du monde universitaire sur son environnement. Parallèlement ou de manière concomitante, les CROUS, sous l'impulsion du CNOUS, ont entrepris une démarche d'élargissement qualitatif et quantitatif de leur intervention auprès des étudiants. Le dossier que nous présentons aujourd'hui constitue un formidable révélateur d'une évolution trop souvent cachée par les rideaux pesants des habitudes et des traditions. L'enquête fait apparaître une mosa•que d'initiatives, une pluralité d'expériences, une diversité de lieux prometteuse. Comme bien des matinées de printemps, tout cela est encore environné de brume, et il n'est pas évident de dégager un fil conducteur commun. Toutefois, les tentatives dominantes semblent s'appuyer avant tout sur une logique d'animation, la plus naturellement adaptée au principe des uvres universitaires. Certes, certains CROUS vont au-delà et s'impliquent directement dans la définition et la mise en uvre d'une politique culturelle incluant une action artistique : affaire d'histoire, de circonstances, de personnes. Le mieux n'est jamais l'ennemi du bien. Mais il nous semble qu'il y a aujourd'hui et maintenant une chance exceptionnelle d'investir le territoire universitaire pour y tenter quelque chose que la cité n'a pas su réussir. On connaît trop bien l'échec de conciliation de la logique d'animation renvoyée au socio-culturel avec celle de création confiée aux professionnels de l'art ou de l'art de montrer l'art. Peut-être, en faisant contre mauvaise histoire bon cur, avons-nous l'occasion d'organiser, à partir des lieux de vie, des initiatives étudiantes, des actions universitaires, un projet de développement culturel dont la médiation serait le principe et non l'instrument réparateur. Demain il fera beau. Comme il faisait beau à Pont-à-Mousson-d'été si l'on veut bien admettre que la pluie persistante est la condition absolue de la beauté du blé en herbe.
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