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Le miroir et l'alouette La luxuriance attire le regard en même temps qu'elle le flatte. Depuis quelques années, on voit croître, se multiplier et se diversifier les formations aux métiers de la culture. Ce phénomène n'est plus l'apanage de la profession, il s'amplifie aussi à l'Université. Cela, d'une certaine manière, constitue une révolution, tant pour l'institution universitaire que pour les acteurs de la culture. En effet, la reconnaissance d'un diplôme professionnel suppose une double légitimité au regard de la profession concernée : légitimité des contenus, considérés comme répondant aux attentes réelles ; légitimité des formateurs, reconnus comme capables de faire passer les savoirs et les savoir-faire requis. Cette légitimation indispensable a pour conséquence de faire des dispositifs de formation des miroirs d'une profession : on peut donc y lire l'histoire et les contradictions du milieu considéré. La manière la plus simple de mettre en harmonie une formation avec les employeurs potentiels consiste à recourir aux professionnels eux-mêmes pour l'organiser : tel a bien été le cas en matière culturelle, où l'ATAC a joué un rôle pionnier et fondateur en construisant un type de cursus s'appuyant sur le compagnonnage approfondi. Mais il n'est ni toujours possible, ni toujours souhaitable de s'en tenir à ce procédé immédiat. Le recours à la médiation s'impose tôt ou tard. L'entrée en lice de l'université, tout à la fois s'inscrit dans ce processus d'élargissement naturel, et soulève une série de questions ou de débats. D'abord, la tradition des établissements d'enseignement supérieur, basée sur la transmission généraliste des savoirs, ne les a pas préparés à la professionnalisation. Ensuite, le champ culturel concerne directement les universités, ce qui, d'une manière certaine, les place en compétition avec les professionnels de la culture. Un soupçon réciproque plane sur la discussion : la position critique de l'universitaire apparaît comme abstraite et éloignée des préoccupations contemporaines aux acteurs de la culture ; en sens inverse, ceux-ci sont réputés conformistes et incapables de prendre le recul nécessaire à une transmission efficace du savoir. C'est précisément ce débat qui nous intéresse ici, pour deux raisons : parce qu'il est un excellent révélateur des contradictions internes des deux milieux ; parce que s'il était résolu, il permettrait une meilleure identification tant du sens de l'action culturelle que de son mode de mise en uvre. Nous déplorons depuis trop longtemps l'incapacité des universités à assumer leur statut d'établissement culturel pour ne pas partager les craintes des professionnels de voir les universitaires s'enfermer dans des valeurs refuges et dans des positions tribuniciennes. Mais nous savons aussi la facilité avec laquelle les acteurs de la culture peuvent sombrer dans le dogmatisme empirique. D'où la richesse d'une rencontre trop longtemps repoussée entre les deux mondes, mais dont chacun mesure aujourd'hui l'urgente nécessité. Nous avons la conviction que, sous réserve d'accepter pleinement l'association des professionnels dans la définition même des contenus des formations, les universités peuvent et doivent jouer un rôle irremplaçable dans la mise en place d'un dispositif de formation qui allierait sens et efficacité. À condition toutefois de s'intéresser vraiment au miroir, à ce qu'il reflète, et de cesser de se prendre à tour de rôle pour des alouettes. Ironie des choses, nous publions ce numéro double en même temps que se déroule la procédure des états généraux de l'université, dont la culture est absente. Or, s'il est une première conséquence évidente de l'implication des établissements d'enseignement supérieur dans les formations aux métiers de la culture, c'est bien le constat qu'il n'y a qu'une culture. Il faut en finir avec les hypocrisies sémantiques, et reconnaître que le phénomène culturel auquel s'intéressent enseignants et professionnels de la culture constitue un acte unique : il n'y a pas d'un côté la culture en actes, de l'autre la culture en mots, il y a des motsà trouver pour que les actes prennent sens. Cela ne peut se produire que par un engagement effectif des deux partenaires, ce qui suppose des moyens, des outils. Au premier rang de ceux-ci, il y a l'exigence de lieux affectés complètement à l'action artistique et culturelle dans l'enceinte même des universités. Près d'une université sur cinq a déjà fait ce choix, dont nous tentons aujourd'hui d'esquisser les contours.
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