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Un vrai temps de
culture L'orage est passé par là. L'importance de la vague de protestation qu'a connue la France entière a dissout d'une certaine manière la manifestation universitaire du malaise. Mais les éclairs d'expression du mécontentement, à Rouen, à Metz, à Toulouse et ailleurs, ont révélé une crise réelle qui, si elle est perçue inégalement suivant les établissements, semble commune à toutes universités. L'afflux considérable d'étudiants vivant leur formation dans l'incertitude du lendemain et dans des conditions d'accueil souvent sommaires, provoque inévitablement un sentiment de déshérence, voire d'exclusion chez les moins chanceux. Certes, un effort considérable avait été entrepris pour développer l'encadrement et améliorer le cadre de vie. Il s'en faut toutefois qu'il ait atteint le seuil qualitatif nécessaire. D'où cette question fondamentale de la finalité des études universitaires. D'où la réponse en termes de recherche d'une professionnalisation des cursus. On mesure aisément ce que cette introduction généralisée d'une dimension professionnelle peut véhiculer comme espérance. Reste qu'elle a parfois la couleur d'un mythe que la réalité économique incertaine et variable se charge de contredire. Pour nécessaire qu'elle soit, la professionnalisation suppose de grandes mutations dans le mode de fonctionnement des universités et dans le rapport au monde du travail. Fini le confort tranquille d'études en vase clos. Finis les amphithéâtres de masse. Voici venu le temps de l'alternance et du tutorat. C'est une sorte de révolution culturelle que l'Université va devoir accomplir. Voilà qui rend d'une première manière nécessaire le recours à la culture. Seule une ouverture à la réalité, à toute la réalité, permettra de ne pas s'enfermer dans l'anecdotique instrumental et le sectoriel fragmenté. Mais une seconde nécessité doit amener les universités à intégrer l'action culturelle, de toute urgence, dans leur fonctionnement quotidien : tout ne sera jamais professionnalisé, car la mission même des établissements d'enseignement supérieur dépasse ce rôle. Mais de plus, cette réponse partielle n'en est pas véritablement une à l'attente des publics étudiants. Finalement, s'en tenir à la question des débouchés reste une solution formelle et abstraite. Elle conduit, une fois de plus, à instrumentaliser l'université, et à lui faire ignorer qu'elle n'est pas simplement un outil technique de transmission du savoir, mais simultanément un lieu d'éducation rassemblant une communauté sur un territoire précis. On a trop longtemps, et en trop d'endroits, refusé de prendre en compte la vie universitaire pour qu'aujourd'hui, une réaction de rejet ne se manifeste pas. Il est curieux de voir encore débattue la nécessité de bâtiments ou de salles affectés à l'expression artistique et culturelle sur les campus, alors qu'on ne discute pas la réalisation d'un amphithéâtre. Le jour où il apparaîtra aussi naturel de prévoir un théâtre qu'une salle de cours, la bataille sera gagnée et l'atrophie, la mutilation de la vie sur les sites universitaires, s'estomperont. Nous n'en sommes pas là. Mais le temps que nous traversons est propice à dépasser les vieilles réticences. Notre association s'emploie à démontrer qu'on ne répond pas techniquement à une exigence éthique. On trouvera dans les pages qui suivent, soit dans les discussions ouvertes au Havre, soit dans le récit d'initiatives comme celle de Bordeaux I, qu'il y a place, quel que soit le nom qu'on lui donne, pour une action aussi désintéressée que stimulante.
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