|
|
De la journée
de Poitiers à la Carte Culture De la journée de Poitiers à la Carte Culture La journée d'étude du 7 novembre dernier à Poitiers a démontré, une fois de plus, la nécessité d'organiser le dialogue entre les universités et les institutions culturelles pour faire avancer la mission qui leur est commune : la « diffusion » et le « développement » de la culture. Les représentants d'une vingtaine d'universités et d'une douzaine de scènes nationales ont pu confronter leurs points de vue dans deux ateliers qui avaient pour thème « la création pour apprendre » et « l'invitation au spectacle ». Sans entrer dans le détail du compte rendu, fait par ailleurs dans ce numéro, il s'avère que l'incompréhension, réciproque, a parfois été au rendez-vous. Deux raisons à cela. Premièrement, nous pensons trop souvent à tort que, parce que nous avons le même vocabulaire, nous avons des missions identiques et que seule, la définition de nos territoires nous différencie. Deuxièmement, parce que nos expériences de partenariats sont trop peu nombreuses, trop diverses, trop récentes et qu'elles ne peuvent être qu'anecdotiques. Plus que nos intentions (nos missions), c'est la logique de nos établissements qui n'a pas le même fondement et c'est à partir de cette différence que nous devons trouver des points de convergence et développer des actions communes. Pour l'Université ce qui motive l'action, c'est la formation des individus et l'acquisition d'un savoir avec l'indispensable dimension culturelle et artistique. Pour l'établissement culturel, c'est le développement de la création artistique et sa confrontation au public le plus large. Ce qui nous réunit, c'est notre fonction de médiation entre l'uvre d'art et le spectateur-auditeur-lecteur-observateur. C'est cette invitation au « spectacle » qui doit être, en définitive, l'objectif de la formation du spectateur. Elle peut se faire par la participation à un processus de création, en étant associée de façon intime à la réalisation d'une uvre (à travers une résidence d'artistes) ou en faisant soi-même l'expérience de la création sous la direction d'un artiste intervenant ; c'est une approche logique de la conquête du public pour les universitaires comme pour les institutions culturelles. Il en est une autre qui l'est moins : c'est la pratique régulière des uvres, dans la diversité des approches artistiques et en compagnie d'autres spectateurs. « Pour observer, il faut apprendre à comparer. Pour comparer, il faut déjà avoir observé. L'observation donne un savoir, mais un certain savoir est nécessaire à l'observation ». Bertold Brecht. Donner à comparer, c'est ainsi qu'on peut le mieux définir la fonction d'une programmation dans un établissement culturel. L'expérience de la diffusion culturelle montre que la simple pratique régulière de l'uvre d'art permet au spectateur de se construire une « culture » du regard, que le choix d'une programmation (spectacle ou exposition) est déjà un acte de pédagogie vis-à-vis du public, que les diverses voies de la formation du public sont indissociables et doivent toutes aussi se donner pour objectif de convaincre (ici les étudiants) de poursuivre les pratiques de spectateur acquises pendant leurs études. C'est pourquoi, à mon sens, le partenariat entre les établissements culturels et les universités ne sera efficace que s'il se fixe aussi comme objectif de donner aux étudiants l'habitude de la fréquentation des institutions culturelles de leur ville ; le nôtre étant qu'ils continuent à fréquenter la création artistique après leur passage à l'université. Évidemment, cela n'est possible que si les deux partenaires reconnaissent réciproquement la qualité de l'action mise en uvre dans chaque domaine de compétence. Dans cette perspective, la Carte Culture matérialise bien, à nos yeux, la volonté des partenariats entre les institutions culturelles et les universités à condition qu'elle symbolise aussi une fidélité du « porteur » à une programmation qui réponde à des exigences de grande qualité, quel que soit le programmateur, qu'il soit sur le campus ou non. Le dossier que nous proposons aujourd'hui sur les Cartes Culture doit aussi être soumis à ce type de questions.
|
|
|