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Éditos

De la coupe aux lèvres
Les moyens de l'action culturelle universitaire
n° 25 - septembre 2001

Toute l'expérience vinicole montre que le vin ne peut acquérir la force d'affronter le temps qu'au prix d'un séjour prolongé dans un fût boisé et clos. La patiente alchimie, le dialogue silencieux du chêne et du précieux liquide, accomplis sur dix-huit à vingt-quatre mois, permettront seuls le recul qui libérera ensuite la puissance des arômes. Pour notre plus grand plaisir, il faut avoir la peine d'attendre.

Nous avons transposé cette expérience à la réflexion conduite au Musée du Louvre, en Octobre 1999. Aujourd'hui, deux ans plus tard, nous tirons le vin. La dégustation immédiate avait été prometteuse, le temps nous semble avoir confirmé la richesse de la matière. Non seulement le propos n'a pas pris une ride, mais il résonne harmonieusement — ou malheureusement — avec les attentes actuelles de ceux qui œuvrent pour l'action culturelle universitaire.

Le projet de la rencontre était à la fois modeste et ambitieux. Modeste, d'abord : il s'agissait, avant tout, d'inventorier techniquement les moyens disponibles, expérimentés ou souhaités, susceptibles de permettre une mise en culture effective des universités. Il y a loin, en effet, des missions affichées à la réalité. Vue des campus, la culture relève bien souvent encore d'une mise en jachères, selon l'heureuse expression de Jean Galard. Ambitieux, ensuite, car l'aspect technique, dans le cas de l'Enseignement supérieur, ne peut être dissocié du projet global de l'établissement : transversale par nature, l'action culturelle bouscule inévitablement l'ordre des choses, suscite des contradictions, exige des compromis, appelle des arbitrages. Or, précisément, les moyens de ces arbitrages font souvent défaut, faute de lisibilité ou, plus gravement parfois, de légitimité. Les hiérarchies traditionnelles, implicites mais vivaces, jouent contre la reconnaissance d'un impératif culturel. L'autonomie des universités, qui devrait être une source d'inventivité, sert souvent de paravent à une commode inertie.

Le cadre de la journée a permis de montrer , par un jeu de miroir spontané, la profonde homologie entre la situation d'un grand musée comme le Louvre, et les universités : dans les deux cas de figure, il ne suffit décidément pas d'être une institution culturelle pour avoir une attitude active vis-à-vis de la culture. Si les pages qui suivent n'ont pas la prétention de résoudre les problèmes, elles ont l'insigne mérite de tous les signaler. Les journées de Pau viendront compléter le tableau, en renversant l'éclairage et en s'intéressant au contenu des missions Mais, pour qu'on puisse aller de la coupe aux lèvres, encore fallait il s'assurer de l'existence d'une coupe. C'est chose faite.

 

Claude Patriat

 

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