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Éditos

Circularité
n° 24 mai-juin 1998

S'il y a un domaine dans lequel l'État français tourne en rond depuis bien longtemps, c'est celui de l'éducation artistique. De IIIe en Ve République, de Jules Ferry en Lionel Jospin, de Jack Lang en Jacques Chirac, de circulaire en protocole d'accord, il semble qu'on ait toujours pris l'exacte mesure du problème de l'intégration de l'art et des pratiques artistiques dans le système éducatif ; il est tout aussi évident qu'écrites ou non, les paroles enflammées prononcées sur ce sujet se sont envolées, dispersées au vent mauvais de l'oubli, dans les jours qui ont suivi leur édiction. Comme si une insoutenable légèreté venait interdire tout arrimage à une action étatique qui s'inscrirait dans la réalité et dans la durée.

D'où provient donc ce chiasme entre conscience et action dès qu'il s'agit d'effacer une frontière aussi artificielle que conjoncturelle entre l'éducation et la culture ? Il est sans aucun doute provoqué par un mélange d'inertie, d'habitudes, de craintes et d'incompréhensions. Or, le renforcement du lien civique, recherché tant par des politiques en manque de légitimité que par des enseignants en mal de cohésion, ne pourra se produire qu'avec l'établissement d'une harmonie durable entre ce qui relève de la transmission académique du savoir et l'approche sensible du réel. Il est plus que temps, aujourd'hui, de surmonter les antiques préventions et de proposer les instruments concrets d'un rapprochement tangible. Voilà qu'une nouvelle fois, trois ministres s'apprêtent à signer mieux qu'un traité de paix entre les administrations en charge de la culture et de l'éducation : un pacte de coopération, sous la forme d'un projet de circulaire. On peut y lire notamment que lesdits ministres entendent réaffirmer « leur volonté commune d'œuvrer concrètement pour la démocratisation culturelle ». Après avoir souligné le caractère fécond d'initiatives d'enseignants, d'artistes et de créateurs inventant chaque année d'autres manières d'accéder au savoir et à l'art, les auteurs ajoutent qu'ils « souhaitent développer la dimension culturelle et artistique dans les parcours des jeunes de la maternelle à l'université ».

Au-delà de la clarté du rappel à la réalité, le projet de circulaire innove dans le ton, dans la forme et dans le contenu, en relevant : « On a pu mesurer l'efficacité de projets qui dépassent le cadre d'un établissement scolaire ou universitaire et permettent de concevoir une politique à l'échelon d'un quartier, d'une commune ou de tout un bassin de vie et de formation. » Il s'agit là d'une reconnaissance explicite de la nécessité d'établir des partenariats entre les établissements d'enseignement et les structures artistiques et culturelles. Nous avons si longtemps plaidé pour cela que le texte du projet de circulaire nous place au comble de la félicité. Mais en même temps, il nous amène au bord de la perplexité. Ne va-t-on pas, une fois de plus, en rester au niveau de la parole et des intentions ? Les ministres en appellent, à juste titre, aux présidents d'établissement d'enseignement supérieur pour assumer la responsabilité de cette relance du partenariat. Encore faut-il qu'on les incite à prendre en compte cette dimension nécessaire de l'action des universités. L'occasion va en être offerte à celles dont le contrat est en cours de renouvellement. Or, la note de cadrage adressée aux établissements reste peu explicite sur l'action culturelle et artistique. Elle risque donc, de ce fait, d'inciter à l'inertie des responsables universitaires trop habitués à raisonner en termes commodes mais réducteurs de vie de l'étudiant.

Si rien n'est dit plus fortement ni lu plus attentivement, gageons qu'une fois de plus, la circulaire retrouvera son sens premier de mouvement en cercle, et que l'on continuera à tourner en rond au royaume de l'action culturelle universitaire.

Claude Patriat

 

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