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Éditos

Lignes de convergence
n° 21-22-23 février-mars-avril 1998

Si le château de Vincennes a bien été le lieu où la monarchie a jeté les bases de l'État français, alors l'endroit était de bon augure pour donner à l'action culturelle universitaire les moyens de sa consolidation. En effet, de rencontre en colloque, d'expérience en projet, d'animation en formation, de recherche en création, l'action culturelle universitaire a fait son bout de chemin dans les établissements d'enseignement supérieur. Elle manque toutefois de lisibilité et de permanence dans de trop nombreux cas de figure. Elle reste, surtout, partagée par une ambiguïté originelle pesant sur son statut. S'agit-il d'une mission des universités, au même titre que la recherche et l'enseignement ? Ou bien s'agit-il d'une attente de mieux-être de la communauté universitaire ? L'un et l'autre de ces fondements ont servi de base à de nombreuses réalisations. Malheureusement, les cas où les deux sources d'obligation ont été déclinées de concert demeurent trop rares. C'est pourtant là, à y regarder de près, que résident les plus éclatantes réussites ; là où la durée est venue renforcer la richesse des projets ; là où l'intervention des professionnels s'est le plus utilement mariée à l'action de ces amateurs éclairés que sont les étudiants et de ces professionnels d'un autre ordre que sont les enseignants ; là où création, recherche et formation ont trouvé un terrain d'épanouissement commun.

Les prises de paroles des responsables associatifs et syndicaux, les témoignages très forts d'étudiants conduisant des expériences sur le terrain, ont permis à la journée de Vincennes de faire tomber — nous l'espérons, définitivement — le rideau de cette ambiguïté congénitale. À relire ces interventions, comme y invite ce numéro spécial des Cahiers d'Art + Université + Culture, on comprend aisément que, loin d'opposer deux aspects de l'université, l'action culturelle constitue sans doute l'instrument essentiel d'une conciliation de l'institution universitaire et de ses publics. La vieille antinomie usager-acteur fond comme neige au soleil lorsqu'étudiants et enseignants se mettent à l'œuvre artistique ou culturelle. La question est moins, comme on a trop souvent tenté de le faire croire, d'instrumentaliser les artistes et les pratiques artistiques dans le carcan des formations, que de permettre une véritable intégration des étudiants dans l'institution universitaire, et de celle-ci dans la cité. Kino-Ciné à Lille, Travelling à Rennes, Pratik Teatr à Aix-en-Provence, Vidéofac à Clermont-Ferrand, les concerts-lecture à Dijon ou encore les radios campus : les activités témoignent à l'envi de ce que la mission de diffusion de la culture peut naturellement se conjuguer avec un foisonnement d'initiatives étudiantes, sans perdre de sa substance ou de sa grandeur. La question n'est donc plus de s'interroger inlassablement sur les raisons qui pourraient amener les établissements d'enseignement à agir en matière culturelle : elle est de savoir comment faire mieux et plus. Là encore, les débats de Vincennes ont permis de dégager les points de convergence qui devraient aboutir à une légitimité permanente de l'action culturelle universitaire. La proposition de Charte qui clôture ce numéro ne fait que reprendre l'essentiel des propos explicites ou implicites tenus par les différents acteurs des universités et des CROUS. Il ne s'agit pas, à proprement parler, d'un texte à prétention fondatrice, mais d'une manière d'acte « coutumier » reprenant les bases communes reconnues par les partenaires agissant dans l'enseignement supérieur. Sa vraie force réside là : dans le fait d'être le tenace reflet d'une réalité — vivante, certes, mais encore trop parcellaire — qui refuse de se laisser étouffer dans le brouillard des incertitudes des hommes, du temps et des lieux.

Claude Patriat

 

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