Accueil Art + Université + Culture

Retour index "Les cahiers d'A+U+C"

Retour sommaire Archives

 

Éditos

À la page
n° 20 décembre 1997 - janvier 1998

Longtemps, bien longtemps, les murs isolant l'université de la société ont été faits de livres. La vie s'écoulait, tranquille, au fil des pages qui mettaient une distance rassurante entre l'agitation du monde et l'examen des savoirs. Les transformations qui affectent depuis quelques années l'institution universitaire ont fait éclater le corset protecteur. Par les brèches ouvertes à cette occasion, l'action culturelle a fait pénétrer dans l'enceinte des campus des perturbateurs, des empêcheurs de dormir en rond : musiciens, gens de théâtre, plasticiens, danseurs, contribuent de plus en plus à éveiller l'attention des étudiants, à les distraire de leurs lectures sages et studieuses. Mais voilà que brutalement, une transgression à la fois plus simple et plus grave se manifeste en plusieurs endroits simultanément. On s'attaque au livre, on s'exerce à la lecture pour en faire un outil d'expression culturelle échappant au processus didactique. On peut être surpris du caractère tardif de cette irruption, qui vient après toutes les autres formes d'action artistique. Cela nous paraît au contraire vérifier ce que nous éprouvons depuis longtemps : l'énergie créative ne peut, dans l'Université, se libérer qu'au prix d'un détour. Et l'écrit disposait d'un statut trop prégnant, trop identifié au mode de fonctionnement académique pour être immédiatement concerné par le détournement d'usage. L'exemple des autres disciplines artistiques aura sans aucun doute permis de créer la distance nécessaire.

De Pau à Assas, en passant par Lille, Lyon, Dijon, Toulouse, Clermont-Ferrand, Rennes, Fontenay-Saint-Cloud, Dunkerque, Douai, Nanterre et Tours, les projets foisonnent et convergent pour dessiner un paysage diversifié. Il y a des initiatives inscrites dans un territoire particulier : ainsi, le « Salon Délivre », à Paris 2, permet aux étudiants de rejeter dans l'oubli la résignation au diktat de l'extrême droite ; ainsi, à Pau, l'écriture est saisie dans sa double dimension d'objet plastique et de langage. D'une manière plus globale, la proposition de la Maison des Écrivains, qui a déjà été retenue par de nombreux établissements, est la source d'un nouveau type de partenariat entre universités et gens de lettres : au-delà des trop habituelles conférences ou lectures statiques, les opérations qui se mettent en place semblent autant d'expériences prometteuses, provoquant des rencontres inattendues.

Les universités se mettent donc à la page. Elles continuent néanmoins de se mettre à l'œuvre, comme à Rennes 2 et à Toulouse 2. Dans la capitale de la Bretagne, un nouveau lieu est né sur le campus de Villejean, formidablement équipé et adapté aux attentes des professionnels, des enseignants et des étudiants. À Toulouse, l'université du Mirail, qui ne disposait pas encore, elle non plus, d'un lieu voué au spectacle vivant, vient tout juste d'ouvrir, à l'entrée du campus, un Forum où est expérimentée une formule d'action-animation.

Ainsi donc, au fil des années, les projets mûrissent, se transforment, s'affinent et s'enrichissent. Souhaitons que 1998 contribue à renforcer cette image de créativité dont les universités ont tant besoin pour traverser les âpres incertitudes du présent. Bonne et belle page blanche pour l'an qui commence.

Claude Patriat

 

Cliquer pour accéder à la rubrique