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Misère de
la culture, culture de la misère Quatorze ans après le rapport Domenach qui voyait dans la plupart des campus un « désert culturel », il était tentant de regarder si les établissements d'enseignement supérieur avaient pris la mesure des formidables transformations qui affectent leurs publics de plus en plus nombreux. Jadis temples de la culture humaniste, qui était en correspondance directe avec la culture du milieu familial et social, les universités pouvaient se contenter de transmettre des savoirs sans se soucier de leur donner une perspective culturelle. L'étudiant a maintenant besoin de beaucoup plus pour affronter une société en mutation, s'approprier une culture en miettes et s'insérer dans un monde du travail incertain. L'enquête que nous avons réalisée, et dont nous publions les résultats dans les pages suivantes, est à bien des égards accablante : la lutte contre la désertification a moins mobilisé qu'on ne pouvait l'espérer. Si l'on sait qu'aujourd'hui une cinquantaine d'universités sur quatre-vingt-trois déclarent avoir une politique culturelle, les moyens mis en uvre sont parfois tellement dérisoires qu'on semble cultiver surtout la misère. Une seule université et une seule école d'ingénieurs affichent une politique culturelle appuyée par un budget de plus de deux millions de francs. On ne dépasse le million que dans cinq universités, auxquelles s'ajoutent deux sites regroupant plusieurs établissements. Il arrive parfois qu'on sombre dans l'anecdotique : dans certaines universités parisiennes, le budget culturel moyen par étudiant inscrit n'atteint pas deux francs ! Encore faut-il ajouter que, dans la plupart des cas, les budgets les plus significatifs résultent de financements croisés plus que d'un effort sur fonds propres des établissements considérés. Preuve d'ailleurs qu'un projet fort suscite naturellement l'intérêt chez les partenaires de l'université, qui acceptent alors de participer à la réalisation des ambitions. Trop souvent, on reste dans le marginal, l'accessoire, le résiduel. La prise de conscience des responsables universitaires apparaît plus accidentelle que continue, plus personnelle qu'institutionnelle, plus locale que globale. Faute d'un statut, d'un cadre, d'une volonté, on se trouve réduit à contempler un paysage émietté et fragmenté. Des oasis émergent, ici ou là. Une végétation chétive gagne de nouvelles bandes de sable. On est passé du Sahara au Sahel. Certes, tout n'est pas affaire de moyens : le mode et le niveau de financement ne constituent que des révélateurs. Mais si l'on regarde plus loin le mode d'insertion des projets dans la politique des universités, on voit se dessiner deux groupes distincts qui semblent porter une culture à deux vitesses. Dans le premier se trouvent des établissements pour lesquels la politique culturelle s'articule avec les différentes missions de l'université. Dans le second, fortement parisien, il y a la plupart de celles qui se contentent de saupoudrer des subventions à des projets étudiants. Dans un cas, la vie universitaire, dans un autre, une part minime de la vie étudiante. Autre sujet d'inquiétude, l'étrange faiblesse du développement de nouveaux projets depuis 1994. Ainsi, au manque de consolidation s'ajoute la faiblesse du renouvellement. Le moment nous paraît venu de sortir des brouillards et brouillages des ambigu•tés entretenues par un manque de clarté dans les missions des universités. Si leur objectif fondamental est bien de former les étudiants et de les insérer dans la société, il est évident qu'elles ne peuvent l'atteindre qu'en étant elles-mêmes des éléments vivants de leur environnement. Or, l'action culturelle peut non seulement contribuer au rayonnement des établissements : elle peut et doit aussi favoriser l'intégration des étudiants à la communauté universitaire et, par là même, à la société. 1,75 F par an et par étudiant ne peut y suffire ! Ni même 92,44 F, comme dans le meilleur des cas recensés ! L'expérience a montré que la conscience d'une nécessité d'intervention forte ne jaillissait pas spontanément. Pourquoi pas, en préalable, instaurer l'obligation pour les universités d'affecter 1 % de leur budget à l'action culturelle ?
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