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Art, sciences et
fiction L'époque de l'orgueilleuse harmonie entre l'ordre du savoir et l'ordre de la culture est révolue de longue date. Il est grand temps d'en prendre enfin une claire conscience et de réfléchir aux moyens à employer pour retrouver les termes d'un indispensable échange entre un savoir qui s'étend en se morcelant et une culture qui se fragmente en se dilatant. D'échecs scolaires en exclusions sociales, le cortège désenchanté des laissés-pour-compte grandit trop vite pour que l'on persiste à se boucher les yeux. Venant plus de dix ans après la première convention entre une université et une direction régionale des affaires culturelles, la réunion de Clermont-Ferrand s'est située au cur de ces tensions. En effet, la source même de l'action culturelle universitaire résidait dans la reconnaissance de trois phénomènes qui travaillaient l'université : la massification, qui entraîne un affaiblissement des liens entre les membres de la communauté universitaire ; la spécialisation, qui multiplie barrières et cloisonnements entre les disciplines ; la professionnalisation, qui pousse à une instrumentalisation des connaissances. D'où un constat de déficit dans la transmission de la culture « cultivée ». Beaucoup d'initiatives, dont les pages qui suivent rendent compte, ont pris racine au fil des ans, sans que pour autant les arbres aient vraiment formé une forêt, ordonnée et cohérente. Le doute qui saisit aujourd'hui les professionnels de la culture sur les finalités de leurs actions n'incite pas nécessairement à la recherche d'innovations sur un terrain considéré comme marginal. Le but de cette rencontre était de provoquer un débat contradictoire pour mettre en évidence les obstacles, cachés ou trop évidents, qui obstruent le chemin d'une action commune. C'est pourquoi, sur chacun des thèmes retenus, nous avons systématiquement demandé à deux personnes d'intervenir : un représentant du secteur culturel et un représentant du monde universitaire. Cette démarche nous est apparue comme le meilleur moyen de réellement croiser les approches. Seule, la reconnaissance d'une interdépendance entre institutions culturelles et institutions d'enseignement peut permettre une transformation des attitudes et des positions. Il nous semble que les interventions ont révélé des pistes stratégiques que certains, isolément, ont déjà empruntées. Toutes partent de l'idée centrale qu'il y a une exigence commune à l'art et à la science : celle d'une transmission, qui se réduit trop souvent aujourd'hui, aussi bien dans l'enseignement que dans l'action artistique, à de la vulgarisation. L'uvre d'art et l'objet scientifique se trouvent enveloppés, isolés dans la boîte noire des périphrases et des déguisements censés protéger le mystère de la création ou la complexité de la découverte. Or, comme Matisse le faisait remarquer, la vérité et l'exactitude ne se confondent pas. La réflexion de Clermont-Ferrand invite à trouver et à multiplier, en intégrant culture et éducation, ces « fictions vraies » qui permettront le passage au cur de l'art et du savoir.
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