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Mission transmission Les sirènes du libéralisme ont fait long feu dans les brumes d'une dissolution inopinée. Elles reviendront peut-être. Pour l'heure, l'attente et l'espoir s'organisent autour d'une capacité de l'État à fixer une ambition pour la société en même temps qu'à soutenir les initiatives novatrices. Le rendez-vous que la nouvelle équipe n'a pas le droit de manquer est celui de la prudence et de l'audace. Nous avons connu ces derniers temps un assoupissement des politiques éducatives et culturelles trop propice à la résignation pour que l'on s'y tienne sans grave danger pour la collectivité. Au contraire d'un consensus mou ou incantatoire sur la lutte contre le chômage, il faut puiser dans l'éducation et dans la culture les outils du combat contre l'ornière des habitudes ou le mirage des choses vues. Deux nouveaux ministres sont à pied d'uvre sur les territoires qui concernent directement le champ d'action d'Art + Université + Culture. L'un et l'autre ont, dans leur parcours antérieur, fait la preuve de leur audace. Cette capacité qu'on leur connaît à éviter la langue de bois sera un atout dans la lutte contre les bureaucraties, anciennes ou récentes, plus soucieuses de défendre jalousement leur territoire singulier que de s'ouvrir aux actions transversales. En sept ans de combat pour l'intégration de la culture dans l'enseignement supérieur, nous avons pu mesurer la capacité de résistance d'une coalition tacite des décideurs et des acteurs. De débat en revue, de réflexion en action, nous avons tenté de signaler la richesse des expériences, la promesse contenue dans les projets : les circuits de décision, cloisonnés verticalement et spécialisés thématiquement, ont interdit trop souvent une appréciation globale des propositions. Éducation et Culture doivent donc en toute priorité se réorganiser pour s'adapter à un dialogue nécessaire avec les différents partenaires. Côté Éducation, on mesure aujourd'hui les contradictions du développement des universités : pour faire face à leur mission de transmission du savoir, celles-ci se sont de plus en plus étroitement ramifiées en filières pointues. Mais du même coup, elles ont perdu le fil de la culture humaniste, à un moment où précisément les publics fréquentant les établissements d'enseignement supérieur avaient un besoin pressant que leur soit transmise cette culture de base. On a pris l'habitude d'admettre une tension entre art et culture ; il serait temps d'assumer celle qui existe entre savoir et culture, particulièrement exaspérée dans les disciplines scientifiques et techniques. Cela dessine en creux la nécessité de créer, au sein du ministère en charge de l'enseignement supérieur et de la recherche, une direction de l'action culturelle et des enseignements artistiques. Côté Culture, nous avons assisté, impuissants, depuis le début des années 90, à l'avachissement de la notion de développement culturel. La forte croissance de l'offre artistique a entraîné une profonde transformation du mode de gestion des entreprises culturelles. Insensiblement d'abord, évidemment ensuite, on a inversé le sens de l'action culturelle et instrumentalisé une large part des politiques en direction du public. Face à cette dilution de l'intervention étatique dans un univers culturel confus, il devient urgent de reconstruire une grande direction du développement culturel disposant à la fois des moyens d'évaluation et d'action. Une telle structure pourrait permettre, là encore, une transmission de la culture devenue de plus en plus aléatoire, notamment pour le public jeune. La construction de deux structures homologues dans ces deux administrations surs que sont la l'Éducation et la Culture devrait contribuer à faciliter le dialogue et la coopération entre elles, d'abord. Elle permettrait ensuite de satisfaire aux exigences propres de leurs missions respectives, qui sont faites d'écoute et de prospective. Placées par leur fonction même au point de rencontre du national et du local, de la mémoire et du présent, de l'héritage et de la création, du symbolique et du réel, de l'organisation collective et de la vie individuelle, elles ne peuvent se contenter de gérer les choses en forme de compromis. Il leur faut sans cesse dessiner l'avenir et faciliter l'invention de demain. Faute de quoi la transmission se réduirait à une vaine répétition. Bref, à un bégaiement coupable.
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