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Éditos

Avec le temps
n° 12-13 janvier 1997

L'action culturelle universitaire prolonge, mais déborde largement, l'éducation artistique. De ce qu'elle s'adresse à une population majeure, habitant des établissements publics autonomes, elle tire une ambition et imprime une démarche qui ne saurait purement et simplement épouser les contours de l'initiation à l'art et de son apprentissage, tels qu'ils peuvent être développés dans les niveaux primaires et secondaires de l'enseignement. Cette singularité explique sans doute que l'on fasse l'impasse sur l'Université dans la plupart des colloques qui foisonnent aujourd'hui autour de la réconciliation de l'art et de l'École. En effet, les outils nécessaires à la mise en œuvre d'une réelle action culturelle dans l'enseignement supérieur impliquent une concertation, un partenariat multiple, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des établissements. La pluralité des acteurs et la diversité des projets supposent des compromis, des reconnaissances de savoir-faire, des risques partagés. Elles imposent donc un partenariat réfléchi que les périodes d'expansion encouragent mais que les moments de crise peuvent compromettre. Or, l'action culturelle universitaire est née dans un moment de faste culturel et se trouve aujourd'hui confrontée à une situation de rétraction de l'intervention publique. D'où l'idée d'organiser une rencontre entre les partenaires du monde de la culture et ceux des universités, pour évaluer les actions conduites ensemble depuis maintenant plus de dix ans.

Comme le rappelle utilement Jean Ader en traçant la « genèse d'une utopie laïque », une conception cohérente de l'éducation artistique exige de lier et une démarche de formation pour permettre l'acquisition des savoirs, et une démarche d'éducation sans laquelle on se contenterait d'instrumentaliser l'art. L'action culturelle universitaire emprunte essentiellement à la seconde. Ce que l'expérience des dernières années nous a enseigné, c'est qu'elle ne peut être admise dans l'Université que si elle acquiert une triple légitimité : du point de vue de la vie culturelle des campus d'abord, du point de vue de l'intégration de l'art et de la culture dans les formations ensuite, du point de vue de la recherche critique enfin. Il s'agit là de trois conditions qui doivent être réunies pour que la culture remplisse son rôle d'insertion sociale et professionnelle des étudiants. Or, leur réalisation singulière mobilise des acteurs différents, souvent séparés entre eux par l'histoire, la fonction, les cloisonnements disciplinaires. Ce qu'Art + Université + Culture tente de faire par la mutualisation des expériences, ce n'est pas d'établir une norme, mais de dégager des principes permettant de faciliter une action qui ne saurait se réduire ni à un supplément d'âme pour des campus déshérités, ni à remplir les salles des établissements culturels environnant. Parmi ces principes, il en est un qui s'impose : l'existence, à l'intérieur de l'université, d'un centre d'impulsion susceptible de coordonner les différentes fonctions, de concilier la pluralité des attentes et de donner aux projets leur cohérence et leur force.

On trouvera dans ce numéro la reconnaissance généralement admise d'une nécessité de l'engagement des universités sur le terrain de la culture. C'est un acquis considérable de la dernière décennie, et l'on mesurera dans le chemin parcouru la réalité et les convergences entre le monde de la culture et celui de l'enseignement supérieur. Toutefois, il convient maintenant d'aller plus loin encore qu'une vision restrictive des missions des uns et des autres, et d'inventer un territoire commun qui ne soit pas simplement la conjugaison des objectifs particuliers à la culture et à l'éducation. L'action culturelle universitaire ne doit pas tendre simplement à l'augmentation des pratiques étudiantes, dans ou hors l'Université. Elle ne prend son sens qu'en tant qu'élément à part entière du développement culturel de la cité ; ce qui signifie simplement que les universités soient enfin reconnues, à l'intérieur comme à l'extérieur des campus, pour ce qu'elles sont officiellement dans les textes depuis 1968, c'est-à-dire des établissements à caractère culturel. Plus crûment dit, les universités ne sont pas qu'un réservoir à public pour les établissements culturels, et le ministère de la culture n'est pas qu'un réservoir d'artistes et d'argent pour les universités. Cette reconnaissance d'une ambition partagée dont chacun est à part entière un acteur est peut-être utopique. Elle nous semble pourtant la condition indispensable d'un combat contre l'érosion du temps, contre l'illusion d'un partenariat tranquille, sectoriel et minimal.

Claude Patriat

 

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