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Le fil caché Les périodes de prospérité invitent aux voyages. Les périodes de récession incitent à l'immobilité. Les premières autorisent de larges questionnements, des prises de risques, des interrogations libérées des contingences. Les secondes semblent obliger au repliement sur des territoires assurés, tant est forte l'inquiétude et pressante la quête de repères stables. Cette opposition entre logique du manque et logique du plein explique bien des sinusoïdes dans les politiques publiques. Elle ne relève pourtant d'aucune fatalité. L'histoire n'est-elle pas jalonnée d'exemples où l'extrême nécessité a stimulé les plus grandes aventures ? Les conquérants sont souvent partis pour échapper à des situations de déshérence. Les voies de l'espoir épousent aisément l'ornière du désespoir. Les universités sont aujourd'hui directement interpellées par l'image d'échec qui frappe la jeunesse. Tant d'années de crise, tant de chômage jettent une suspicion aussi illégitime que réelle sur le système de formation : à quoi sert-il de former les citoyens si ceux-ci ne trouvent pas leur place dans la cité ? A quoi sert-il de délivrer des diplômes si les employeurs ne reconnaissent pas leur valeur ? Tout le monde sera d'accord pour dire que les universités ne sont pas responsables du chômage. Pour autant, ce constat ne dégage pas leur responsabilité vis-à-vis des populations qu'elles accueillent et dont elles ne peuvent ignorer les attentes. L'affirmation, en sus d'une formation générale traditionnelle, d'une nécessaire professionnalisation de l'enseignement supérieur implique que l'on se penche sur l'insertion professionnelle des diplômés et que soient mis en place des dispositifs destinés à faciliter celle-ci. Cela dans le respect du diplôme, qui sanctionne ici bien plus qu'un simple brevet de connaissances techniques. Mais aussi dans le respect de l'identité complète des étudiants, dont le parcours universitaire ne saurait se réduire à une accumulation d'épreuves réussies. Beaucoup a d'ailleurs été fait, sur de nombreux campus, pour que la vie de l'étudiant s'enrichisse de projets, de pratiques sociales et culturelles, de voyages et d'échanges. Le projet « cortex - compétences emploi culture », que notre association a déposé cet été auprès des ministères en charge de l'enseignement supérieur, du travail et de la culture, n'a pas d'autre objectif que de faire apparaître ce fil caché qui unit le citoyen en formation et l'acteur professionnel. Certes, on ne peut ignorer que sous prétexte de vouloir assouplir le marché de l'emploi, se développe un discours qui n'est pas pour déplaire au patronat prônant le primat des expériences sur les connaissances. Mais à l'inverse, l'attitude défensive qui consisterait à s'en tenir aux seuls diplômes comme éléments validants de la capacité professionnelle ne constitue pas une réponse efficace. Une position offensive et conquérante nous semble passer à la fois par l'affirmation du rôle primordial du diplôme et par la validation des compétences singulières des individus, acquises parallèlement ou en dehors des cursus de formation. C'est pourquoi l'enseignement supérieur ne pourra pas longtemps éviter de prendre position d'une manière innovante dans des outils multimédias qui commencent à être envahis par trop de marchands d'illusions. Nous entendons ainsi affirmer que ces instruments peuvent et doivent être des supports d'un service public de l'enseignement et de l'insertion, organisant un échange permanent entre le milieu professionnel et le dispositif de formation. Cette nécessaire ouverture du milieu universitaire à l'environnement social ne nous fait pas oublier qu'il y a encore du chemin à parcourir pour que, à l'intérieur des campus, d'antiques cloisons n'entravent plus la mise en commun des énergies et des moyens. De ce point de vue, le très large consensus auquel sont parvenus à Villeneuve d'Ascq les représentants de nombreux CROUS et universités manifeste un progrès considérable : pourquoi avoir attendu si longtemps pour affirmer que l'action culturelle est une dimension indispensable de l'apprentissage citoyen et que sa mise en uvre n'est le monopole d'aucun acteur ? Là encore, le fil qui relie la vie de l'étudiant et ses études a besoin d'être affirmé et renforcé.
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