|
|
Survol d'un nid
de coucou En préparation d'une journée de rencontre organisée par A+U+C le 14 novembre 1997 sous l'intitulé « Acteur-Usager », nous avons réalisé une enquête par questionnaire pour tenter de mieux appréhender, à travers quelques données chiffrées, la façon dont les étudiants sont associés à la définition et à la mise en uvre de l'action culturelle universitaire. Nous en publions ici les principaux enseignements. La participation des étudiants à l'action culturelle universitaire n'est pas un phénomène facile à aborder objectivement. Il y a ce que dit la loi et ce que ses décrets d'application permettent réellement. Il y a ce que souhaitent les étudiants - ou certains de leurs représentants - et ce que le mode de gouvernement des universités autorise. Il y a ce que les organisations étudiantes revendiquent et ce que la volonté politique des responsables universitaires encourage ou décourage. Entre ces différents cadres, qui sont autant de références inégalement partagées par les différents protagonistes, il y a une vaste zone d'incertitude. Ses contours extrêmement flous laissent la place, selon les cas, à la pure démagogie aussi bien qu'à la plus authentique volonté de permettre aux étudiants d'être de véritables acteurs de leur propre formation culturelle en même temps que du rayonnement de leur université. Encore faut-il préciser que les choses ne sont jamais aussi tranchées et qu'entre ces deux bornes, toutes les combinaisons - plus ou moins subtiles - sont possibles. Une chose est sûre en tous cas, c'est que la participation des étudiants à l'action culturelle universitaire pose problème, de façon beaucoup plus aiguë que les autres facettes de l'activité des établissements d'enseignement supérieur. Reléguée trop souvent et trop rapidement au chapitre de la vie de l'étudiant par des universités qui n'avaient pas bien mesuré la nécessité de l'inclure dans le dispositif d'enseignement et de recherche, l'action culturelle s'est trouvée prise au cur des revendications d'étudiants qui, très légitimement, se montrent de plus en plus soucieux de participer à l'amélioration de leurs conditions de vie. L'occasion était trop belle, alors que les responsables de l'enseignement supérieur étaient confrontés à l'augmentation des effectifs et à son cortège de difficultés, de faire de la culture une sorte de dérivatif pour une communauté étudiante dont il n'est pas toujours facile de prévoir à quel moment et pour quelle raison elle va quitter les amphis trop petits pour l'espace plus vaste de la rue. Mais, heureusement, les choses ne sont pas aussi simples. C'est l'un des plus importants enseignements de l'enquête à laquelle nous avons procédé1. Le premier constat d'ordre général, que l'on a déjà pu faire par ailleurs, est l'accélération de la mise en place de politiques culturelles universitaires au début des années quatre-vingt-dix. Sur quarante réponses exploitables, trente établissements déclarent avoir initié une telle politique entre 1990 et 1994, dont vingt sur la seule période 1992-1994. Mais le mouvement s'est arrêté brusquement en 1994, et deux universités seulement (Besançon et Lyon 1) indiquent une politique culturelle en cours d'élaboration ou de mise en place. Si l'échantillon et les données - parfois partielles - dont nous disposons ne permettent pas de faire une analyse exhaustive, ils indiquent néanmoins des tendances. Ainsi, il semble que la chronologie dessine des ensembles homogènes, à quelques exceptions près, quant à la nature de la politique culturelle engagée. Trois groupes distincts apparaissent successivement, chacun d'entre eux étant marqué par des caractéristiques fortes sur les plans du budget, du financement, du fonctionnement et du niveau de participation des étudiants. Le premier ensemble est composé de quatorze établissements qui ont engagé une politique culturelle avant 1992. Le second est d'une taille comparable et empiète sur les délimitations chronologiques : on y trouve principalement douze établissements ayant initié une politique culturelle en 1992 ou 1993 ; s'y ajoutent deux universités où la politique culturelle est plus ancienne (Saint-Étienne et Strasbourg 1) et deux où elle est un peu plus récente (Paris 1 et Paris 12). Enfin, le troisième groupe est beaucoup plus restreint : il est formé des six autres universités ayant engagé une politique culturelle depuis 19942. La première caractéristique des différents ensembles est d'ordre budgétaire3. Les établissements du premier groupe sont ceux qui consacrent le plus d'argent à la culture. En valeurs absolues, l'écart est trop grand pour être réellement significatif (de 440 KF à 2 763 KF). En revanche, le budget rapporté au nombre d'étudiants inscrits est plus intéressant : on obtient une moyenne de 46,63 F, pour une fourchette allant de 26, 95 F à 92,44 F (et même jusqu'à 520 F par étudiant pour une école d'ingénieurs, ce chiffre n'ayant pas été intégré au calcul afin de ne pas le fausser). Cette moyenne tombe brutalement à 14,48 F pour le deuxième groupe (de 1,75 F à 27,10 F). On notera que la chute est encore plus forte dans les universités parisiennes ou de la périphérie, qui forment une part importante du deuxième groupe (dans notre échantillon, il s'agit de Paris 1, Paris 4, Paris 7, Paris 9, Paris 11, Paris 12 et Évry). Pour ce sous-ensemble, la moyenne ne dépasse pas 12,07 F par étudiant (de 1,75 F à 21,54 F). Elle remonte très sensiblement pour la troisième catégorie (35,66 F), mais sans toutefois atteindre le niveau de la première. Ce groupe est d'ailleurs beaucoup plus homogène que les deux autres, avec une fourchette de 32,20 F à 40,92 F par étudiant inscrit. Le deuxième élément distinctif tient à la structure du financement. Celle-ci est fortement diversifiée pour les établissements du premier groupe qui croisent jusqu'à dix sources de financement différentes, y compris des crédits extérieurs à l'enseignement supérieur. 93 % des établissements de cet ensemble ont une subvention du ministère de la culture, et 86 % sont aidés par au moins une collectivité territoriale. En ce qui concerne les financements internes, 93 % bénéficient de l'inscription de la culture au contrat d'établissement, 78 % émargent sur les ressources propres de l'établissement, 64 % perçoivent tout ou partie d'un droit spécifique, et 50 % disposent de crédits prélevés sur le FAVE. Cette structure est totalement inversée dans les établissements du deuxième groupe. Les financements extérieurs sont plus rares (37 % pour le ministère de la culture, 44 % pour les collectivités territoriales). La perception d'un droit spécifique est quasi-exceptionnelle (18 %). L'inscription de la culture au contrat d'établissement n'est pas très répandue (44 %), et l'attribution de ressources propres l'est à peine plus (56 %). En revanche, la plupart de ces établissements font appel au FAVE pour contribuer au financement de leur politique culturelle (76 %). Quant au troisième groupe, il est là encore en position médiane avec une tendance à se rapprocher de la première catégorie, notamment en ce qui concerne les financements extérieurs. 67 % de ces universités reçoivent des subventions du ministère de la culture et d'une ou plusieurs collectivités territoriales. 83 % ont inscrit la culture dans leur contrat d'établissement ; 50 % disposent de ressources propres et perçoivent une partie du FAVE ; et 16 % seulement ont instauré un droit spécifique. Les groupes se différencient également par le mode de définition de la politique culturelle et par la nature des structures de mise en uvre. Tous les établissements du premier groupe ont mis en place une instance spécifique (commission ad hoc, conseil d'orientation, CA de service culturel ou d'organisme en tenant lieu) pour définir leur politique culturelle, ainsi qu'un service pour l'appliquer. Dans le deuxième groupe, seulement 69 % des établissements ont une instance de définition et 62 % un service culturel. Il ne semble pourtant pas que l'ancienneté soit en cause dans ce retard : si les universités de la troisième catégorie ne sont guère mieux placées en ce qui concerne l'existence de commissions ad hoc (71 %), elles sont en revanche plus avancées pour la constitution de services culturels (86 %, la seule exception étant Besançon où la création d'une telle structure est à l'étude). Enfin, quatrième critère distinctif : la participation des étudiants aux instances de définition de la politique culturelle suit la courbe que l'on a déjà observée à trois reprises. Les étudiants sont associés directement dans 93 % des établissements du premier groupe, 62 % du second et 83 % du troisième. De gros contrastes apparaissent également lorsqu'on examine la part que les universités affectent, sur leur budget culturel, aux projets initiés et conduits par des étudiants. Ce ratio est à peu près équivalent pour le premier et le troisième groupe (respectivement 12,81 % et 12,64 %). Il est en revanche très supérieur pour le second groupe : 39,90 %. Mais, pour autant, cela ne veut pas dire que les étudiants de ces universités ont davantage de ressources. Le montant des subventions rapporté au nombre d'étudiants inscrits suit en effet une courbe différente : 5,78 F pour le premier groupe, 4,88 F pour le second et 6,51 F pour le troisième. Encore faut-il là aussi introduire une distinction géographique. La part des subventions aux étudiants représente 69,66 % du budget culturel des universités de la région parisienne, et 12,12 % de celui des autres universités du même groupe. Cet écart important se ressent (dans une mesure beaucoup plus faible) sur le ratio subventions aux étudiants/nombre d'étudiants inscrits : 6,75 F dans les établissements de la région parisienne et 3,01 F dans les autres de la même catégorie. Les crédits consacrés aux projets étudiants viennent exclusivement du FAVE pour la majorité des universités de la deuxième catégorie, alors que celles des premier et troisième groupes ont tendance à composer avec d'autres ressources, voire à ne faire aucun prélèvement sur le FAVE. Quant aux critères d'éligibilité, ils sont variés et ne semblent pas dépendre de l'appartenance à l'un ou l'autre groupe. Sur 31 réponses à cette question, l'intérêt pour la communauté étudiante et/ou universitaire arrive largement en tête avec 17 citations ; suivi par des qualités telles que le sérieux, la faisabilité ou la rigueur (notamment budgétaire) qui sont l'une ou l'autre indiquées 11 fois. La qualité du projet est déterminante pour 8 établissements ; la créativité-originalité-innovation dans 6 cas. L'implication des étudiants, les retombées pour l'université et l'articulation avec la politique culturelle de l'établissement sont citées 4 fois ; l'animation du campus, les liens avec les formations et le caractère collectif ou associatif du projet 3 fois. Enfin, 2 établissements demandent des financements extérieurs, 1 autre exige la participation d'artistes professionnels. Il est évidemment très délicat de proposer une typologie de l'action culturelle universitaire, tant on sait à quel point les situations varient d'un campus à un autre. Les fourchettes indiquées plus haut témoignent bien de cette diversité, y compris à l'intérieur d'un même ensemble. Toutefois, la base chronologique qui a permis de faire apparaître des groupes distincts semble particulièrement pertinente pour ce qui concerne la participation des étudiants à l'action culturelle universitaire. Les trois groupes correspondent en effet à trois époques marquées par autant de conceptions différentes - au sens politique du terme - de l'action culturelle universitaire, de sa nature et de ses intentions. La première époque correspond à une action culturelle universitaire conçue comme partie intégrante du projet de l'établissement, le plus souvent en liaison avec les formations et en partenariat avec les professionnels de la culture. D'où ces dispositifs complexes qui transparaissent notamment dans la structure de financement et dans le mode de participation des étudiants à la définition et à la mise en uvre de la politique culturelle. Dans la plupart des cas, les étudiants sont associés de deux façons différentes et peuvent prétendre à deux types de financement : d'une part l'intégration de leurs projets à la programmation du service ou centre culturel, d'autre part le financement par subventions d'actions indépendantes du projet de l'établissement. On a vu que ce cas de figure est le plus favorable aux étudiants en terme de ressources financières (cela malgré le fait que, pour des raisons comptables, certains crédits affectés au financement de projets « intégrés » n'ont pas pu être pris en compte dans les calculs). À cet avantage s'ajoute celui du soutien logistique fourni par les services ou centres culturels. Ces établissements de la première génération ont généralement profité des contrats d'établissement - voire du schéma Université 2 000 - pour conforter un projet culturel qui pré-existait et multiplier les partenariats croisés. Les universités de la deuxième vague ont, pour une bonne part, laissé passer l'opportunité de la politique des contrats et négligé d'inscrire l'action culturelle dans leur projet de développement. Manque de maturité, de recul ou d'intérêt ? Prétexte de la surabondance de l'offre culturelle en région parisienne ? Toujours est-il que ces établissements ont développé une autre conception de l'action culturelle universitaire. Celle-ci est généralement moins professionnelle, moins liée aux formations (à l'exception notable d'une université nouvelle de la grande couronne) et davantage centrée sur une logique de vie de l'étudiant et d'animation des campus. Dans ces universités, les étudiants disposent grosso modo (aux nuances près signalées plus haut) d'un peu moins de subventions pour leurs propres projets et, faute de structures spécialisées, sont moins associés à la définition et à la mise en uvre de l'action culturelle. Enfin, ce qui se profile avec l'apparition du troisième groupe pourrait constituer, si la tendance se confirmait, une synthèse intéressante des deux types précédents. Les universités de la troisième génération conçoivent en effet leur politique culturelle en liaison très étroite avec les formations et en partenariat avec les professionnels de l'art et de la culture. En même temps, et sans toutefois disposer de budgets aussi importants que celles du premier groupe, elles réussissent, semble-t-il, un dosage assez équilibré entre un véritable projet culturel d'établissement, l'intégration des actions étudiantes à leur propre politique et le soutien aux pratiques amateurs. On ne peut s'empêcher, à ce stade, de relever la coïncidence entre le brusque arrêt de la mise en place de politiques culturelles, après 1994, et deux faits intervenus au sein de l'administration centrale de l'enseignement supérieur. Le premier est l'intégration, après 1993, du bureau des activités culturelles à la sous-direction de la vie de l'étudiant. Le deuxième est la suppression, en 1994, de toute allusion à la culture dans les notes de cadrage adressées aux universités en cours de renouvellement de leur contrat d'établissement. Ce n'est peut-être qu'une coïncidence, mais elle est frappante. I.M. 1. Un questionnaire
a été adressé à 90 établissements
(83 universités et universités technologiques, 4 INSA,
3 INP). 38 nous ont été retournés, représentant
un échantillon de 41 établissements, soit 46 % de
la cible et 47 % de l'ensemble des universités. Les réponses
qui nous ont été faites figurent dans les tableaux publiés
pages 6 à 8, à l'exception de celle de l'université
de la Méditerranée (Aix-Marseille 2), dont la politique
culturelle ne permettait pas de remplir le questionnaire proposé. |
|
|