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Débats

Le deuxième souffle
n° 19 octobre-novembre 1997

Pas moins de 150 personnes se sont réunies au Musée Dauphinois de Grenoble, le 23 juin dernier, à l'invitation du Pôle européen universitaire et scientifique. L'ordre du jour de ce « Rendez-vous Université-Culture » était d'envisager, après une première période de quatre ans, les suites à donner à la politique culturelle conduite par le Pôle européen pour l'ensemble des universités grenobloises.

Le campus de Saint-Martin-d'Hères aurait pu devenir un de ces ghettos que la France a si bien su construire pour ses universités dans les années 60 et 70. Installé à la périphérie de Grenoble, sur 176 hectares nichés entre une route nationale, une rocade et une boucle de l'Isère, ce campus était quasiment prédestiné à devenir un de ces déserts où les universitaires vivent monastiquement leur vie d'enseignants-chercheurs, à l'abri des fracas de la ville, et où les étudiants s'ennuient à mourrir entre deux cours et un examen.

Force est de constater, pourtant, qu'il n'y a pas de fatalité en la matière. Quand le pôle européen de Grenoble propose à ses partenaires de réfléchir sur la politique culturelle à conduire dans les années à venir, ce sont plus de 150 personnes qui répondent à l'invitation : étudiants, enseignants-chercheurs, responsables de bibliothèques, personnels administratifs, artistes, élus et représentants de collectivités territoriales, représentants de l'État, du CROUS et de la plupart des nombreux établissements culturels que compte l'agglomération grenobloise. On se dit alors que si le tramway a contribué matériellement à établir des liens entre le campus et la ville, le fait de l'avoir « nommé Culture » n'est pas pour rien dans la qualité, le contenu et, finalement, la réalité de ces relations.

En 1989, sous l'impulsion du président Bernard Pouyet, l'université Grenoble 2 met en place sa politique culturelle. Alors qu'ailleurs, d'autres universités décident — ou tentent — de se doter de lieux pour affirmer leur action dans ce domaine, les responsables de Pierre Mendès France font le choix inverse : il s'agit alors, en priorité, de tout faire pour inciter les étudiants à fréquenter les équipements culturels environnants. Ainsi se met en place l'opération « Un Tramway nommé Culture ». En 1992, le tout nouveau pôle européen se dote d'une Commission Culture. En 1994, il reprend à son compte la politique culturelle de l'université Pierre Mendès France et l'élargit à l'ensemble des établissements regroupés à Saint-Martin-d'Hères(1).

En huit ans, le « Tramway » a su, manifestement, provoquer des pratiques nouvelles et susciter des envies. Les partenaires culturels ont pris l'habitude d'aller sur le campus pour y rencontrer les étudiants. Lesquels ont créé de nombreuses associations artistiques et culturelles qui ne manquent pas d'idées ni de projets. Mais il semble que cela ne suffise plus. C'est en tout cas ce qui ressort, confusément, de la rencontre du 23 juin. Comme l'a rappelé en introduction Janine Chêne, présidente de la Commission Culture de Grenoble Pôle européen, il convient notamment de réfléchir à une meilleure articulation entre l'action culturelle et la pédagogie, de façon à ce que la culture ne soit pas un plus pour les étudiants, et que chacun comprenne qu'elle est essentielle.

Les acteurs culturels semblent pour leur part tout à fait disposer à mieux intégrer à la vie des universités leur action en direction des étudiants. Pour preuve le projet que caresse Roger Caracache, directeur de la Maison de la Culture de Grenoble, d'installer son « Cargo » sur le campus, sous un chapiteau, pendant les deux années que dureront les travaux de « requalification » qui vont débuter l'année prochaine. Une aubaine dont n'osent même pas rêver, en d'autres lieux, bien des responsables de l'action culturelle universitaire…

À Grenoble, les « rEVEurs », ce sont des étudiants qui ont lancé, il y a quatre ans, un projet d'Espace de Vie Étudiante (EVE) qui rassemblerait un point d'accueil et d'information pour les associations, un espace de lecture, une galerie, le studio de la radio étudiante, un cinéma, un café et un restaurant café-théâtre. Le projet n'a jamais pu aboutir. Il est vrai que l'existence d'un pôle européen ne règle pas toutes les questions de pouvoir et de territoire lorsque quatre établissements se partagent un même campus. Il n'empêche que cette question de l'absence d'un lieu de ce type — que ne peut compenser totalement l'aménagement d'un amphithéâtre — a été récurrente tout au long de la journée. Au point que Bernard Pouyet a conclu sa synthèse sur ce thème : « Les questions évoquées aujourd'hui sont trop multiples pour recevoir une réponse à travers la seule réalisation d'un bâtiment de vie étudiante. Il reste que la volonté des décideurs universitaires grenoblois de prendre en compte les attentes étudiantes, pour faire vivre le campus autour des pratiques culturelles, se mesurera très rapidement à travers leur capacité à donner un sens au rêve, en engageant enfin la réalisation d'EVE… »

 

I.M.

 

(1) Trois universités et un institut national polytechnique, soit 50 000 étudiants et 8 000 enseignants-chercheurs.

 

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