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Des uvres
à l'uvre Dans l'histoire de l'action culturelle conduite par les Crous, il y a deux périodes distinctes : avant et après la mise en place de Culture Action. Avant, c'est-à-dire jusqu'en 1988, une enveloppe globale d'environ 3 MF était répartie entre les 28 Crous, qui l'utilisaient essentiellement pour aider les clubs de résidents dans leurs activités d'animation théâtrale ou musicale des cités universitaires. Dans la plupart des cas, l'intervention en matière de culture s'arrêtait là. A partir de 1989, la mise en place du dispositif Culture Action a changé la donne en profondeur. D'abord par l'attribution de nouveaux crédits (voir page 9). Mais aussi et surtout par les modifications que cela a provoqué dans les modes d'action des Crous. Cela tout en respectant leur autonomie de gestion, puisqu'ils constituent 28 établissements publics autonomes ; si le Cnous centralise et répartit les subventions, ce sont les recteurs qui président les conseils d'administrations des différents Centre régionaux. « Si l'on devait faire un bilan après sept années de mise en uvre, explique Christian Burgué, l'inventeur de Culture Action, on pourrait dire qu'il y a plus d'effets positifs pour les personnels des Crous que pour les étudiants. Pour les étudiants, les crédits distribués, même s'ils ont augmenté, restent une goutte d'eau. Pour le fonctionnement des Crous en revanche, c'est une véritable révolution que nous leur avons proposée en 1989. » Il s'agissait en effet, à travers le financement de projets présentés par des étudiants, de bouleverser totalement la façon dont les personnels envisageaient leur intervention en milieu universitaire. Perçus comme des prestataires de services essentiellement dans le domaine du logement, de la restauration et des bourses, les « uvres » se sont soudain vues incitées à aller au-devant des étudiants pour favoriser leurs initiatives, puis à les aider dans la réalisation de leurs projets d'action ou d'animation culturelle. Pour que se mette en place effectivement et efficacement cet accompagnement des étudiants, il a bien fallu, peu à peu, que la structure des services soit modifiée. Ainsi est apparue une nouvelle catégorie de personnels dans les Crous : les délégués à l'action culturelle. Mais si, aujourd'hui, la plupart des centres disposent d'un poste de ce type, dans bien des cas encore, la culture n'est pas la seule attribution de son titulaire. Ainsi, sur 22 questionnaires reçus (soit 24 cas de figure en considérant les Clous de Tours et d'Antony comme des entités distinctes), sept établissements seulement disposent d'une personne chargée exclusivement de l'action culturelle, chacun d'entre eux ayant renforcé ce service par au moins un objecteur de conscience ou contrat emploi solidarité (Besançon, Bordeaux, Caen, Clermont-Ferrand, Nice, Paris et Tours). Dans tous les autres cas, les services sont en général mieux pourvus, mais la répartition des charges de travail ne distingue pas clairement l'action culturelle des autres services de la vie étudiante : jobs, santé, OTU Voyages, logements chez les particuliers, communication, relations internationales et échanges Quelle que soit la rapidité (ou la lenteur) de l'évolution, il apparaît que dans l'ensemble, les Crous ont fait un effort sensible pour accompagner localement la politique de Culture Action : « Au départ, explique Christian Burgué, environ 10 % des projets étudiants subventionnés n'aboutissaient pas, ce qui indiquait une faiblesse dans l'accompagnement des étudiants et le suivi des dossiers. Aujourd'hui, le taux d'échec est encore trop élevé, mais il est descendu à 5 %. » Cette évolution est confirmée par la chronologie de la mise en place formelle de l'action culturelle. Sur les 19 Crous ou Clous qui ont précisé la date de création de leur service culturel, 5 la situent avant 1980, 3 entre 1980 et 1988, 8 après 1989, et 3 indiquent une création ancienne suivie d'une restructuration après 1990. La conséquence logique de ce développement croissant de l'action culturelle par les Crous est l'aménagement, la construction ou la réhabilitation de lieux à vocation exclusivement ou partiellement culturelle (voir la description des différents lieux, pages 17 à 31). Les 23 questionnaires retournés ont permis de recenser 11 salles de spectacles et 3 en projet (à Besançon, La Réunion et Brest), 15 espaces d'expositions dont trois méritent l'appellation de galerie (il faut y ajouter la galerie Du Bellay à Rouen, sur laquelle nous n'avons reçu aucune information), et 12 cafés ou brasseries à vocation culturelle, dont 3 cafés-théâtre. C'est dans la première catégorie que se trouvent les lieux les plus anciens. Trois d'entre eux datent des années 60 et ont fait ou font actuellement l'objet d'une réhabilitation : la salle Georges Guillot à Clermont-Ferrand sort tout juste de deux étés de travaux, et des projets de réaménagement sont en cours pour la salle Chapou à Toulouse ainsi que pour le centre culturel Mansart à Dijon. On peut ajouter à cette catégorie le cinéma de Saurupt à Nancy, construit en 1964 et réhabilité en 1992. Plus récent puisqu'il date de 1978, le Centre culturel de Reims a été requalifié en 1988. De la même époque datent les aménagements (sommaires) du Garage à Vélos à Poitiers et du Théâtre du Vieil Armand à Strasbourg (1986). Les autres salles, Fourier à Besançon, Maison de l'Étudiant à Caen, Théâtre de la Baie des Anges à Nice, Grandmont à Tours et résidence Jean Zay à Antony, ont été construites ou aménagées à partir de 1993. Si l'on ajoute les trois projets en cours à Besançon, La Réunion et Brest, on constate (tout comme dans les universités) une très forte accélération, au cours des dernières années, du mouvement d'aménagement ou de construction de salles de spectacles. Le phénomène est encore plus frappant en ce qui concerne les espaces d'expositions et les lieux où l'action culturelle se mêle à la restauration. Les trois véritables galeries (Beaux-Arts et Bernanos à Paris, Roger Portugal à Nantes) sont anciennes, la plus récente étant la Galerie Bernanos aménagée en 1985. Tous les autres espaces d'expositions dégagés soit dans des lieux à la surface très restreinte, soit dans des cafétérias, brasseries ou halls d'accueil, ont été aménagés depuis 1994. Le même constat peut être fait pour les cafés culturels : à l'exception du café-théâtre de Nice qui date de 1989, c'est à partir de 1993 que ce type d'équipement s'est multiplié. S'il semble raisonnable d'estimer que la mise en uvre de Culture Action a pour une large part provoqué ce développement spectaculaire de lieux plus ou moins culturels gérés, il est tout aussi plausible d'y lire la spécificité de l'action culturelle conduite par les Crous et induite également par Culture Action. Le dispositif a en effet permis aux « uvres » de s'emparer de tout un pan de l'action culturelle sur lequel les services universitaires n'ont par nature guère de prise : celui de l'encadrement d'une certaine forme d'animation, souvent conduite par les étudiants eux-mêmes, à la fois en dehors de toute localisation précise, et sur des lieux de vie qui ne sont pas a priori repérés ou signalés comme des lieux culturels ou de création. Trois cas, ceux de Reims, Caen et Clermont-Ferrand, apparaissent à cet égard comme autant de contre exemples : il s'agit en effet à chaque fois d'une forme de coopération tellement aboutie entre Crous et université(s) que les types d'action respectifs des uns et des autres se mêlent dans une utilisation mixte d'un lieu partagé. C'est ainsi que ces trois salles de spectacles servent tour à tour à des ateliers ou associations, à la création et à la diffusion aussi bien amateur que professionnelle, y compris dans le cadre de collaborations avec enseignements et partenaires extérieurs à l'université. Dans ces trois cas, l'université ne dispose pas elle-même d'une salle de spectacles apte à accueillir correctement l'ensemble de ses propres activités culturelles. Ce n'est certainement pas un hasard si, à la différence de la plupart des autres, ces salles sont plutôt bien équipées et conçues de façon à pouvoir accueillir des spectacles professionnels. L'élaboration de partenariats constitue une autre des modifications induites par la mise en place de Culture Action. Les Crous ont en effet été invités à rechercher des financements extérieurs afin d'abonder les différents fonds d'intervention, de façon à démultiplier les crédits alloués par le ministère de l'éducation nationale. La plupart d'entre eux sont encore timides sur ce point, et si des co-financements ont été obtenus ici ou là, notamment de la part de collectivités publiques pour des équipements lourds, il reste à développer l'appel au sponsoring (banques, fournisseurs des restaurants universtaires ), qui permettrait à la fois de valoriser l'action des Crous et d'augmenter leurs ressources. Reste enfin le partenariat avec les universités. « Le dispositif, explique Christian Burgué, a été conçu pour que les Crous s'ouvrent davantage à la fois à l'extérieur et à l'intérieur de leur territoire d'action. A l'intérieur, il nous a semblé que la collaboration pouvait prendre deux directions. La première concerne les étudiants : on a incité les directeurs d'établissements et les délégués à l'action culturelle à constituer des réseaux d'étudiants actifs dans ce domaine. La deuxième était une véritable révolution : on a demandé aux Crous de reprendre le chemin des universités. » Là encore, après sept ans de mise en uvre, les résultats sont inégaux, mais différents éléments indiquent une évolution plutôt positive. Il faut d'ailleurs dire que si, dans bien des cas, la collaboration ne semble pas naturelle, les deux parties en portent chacune une part de responsabilité. D'un côté les universités, en même temps qu'elles prenaient leur autonomie et développaient parallèlement une politique d'action culturelle, avaient tendance à ignorer le rôle que les Crous pouvaient jouer auprès des étudiants. D'un autre côté, ces derniers, saisis du complexe du « logeur marchand de soupe », se crispaient dans une attitude défensive qui n'aboutissait qu'à les éloigner de la mise en uvre de l'action culturelle universitaire. Il semblerait que les choses évoluent, lentement mais sûrement. De telle sorte que l'on observe aujourd'hui une palette extrêment variée de cas de figure différents les uns des autres. Entre Caen où la politique culturelle est élaborée conjointement par le Crous et l'université, et Dijon où les projets respectifs sont conduits séparément, les nuances sont nombreuses. On les a vues apparaître déjà à travers la gestion des lieux. Elles sont sensibles également dans la participation mutuelle aux instances qui élaborent les politiques culturelles. Ainsi, à quelques rares exceptions près, la plupart des universités participent aux commissions régionales Culture Action. A l'inverse, les Crous sont obligatoirement membres des commissons gérant le FAVE, et la plupart d'entre eux y siègent effectivement. A partir de cette base minimale de coopération, différents types de partenariats se sont développés, qui aboutissent parfois à la signature de conventions. C'est le cas à Besançon, Bordeaux, Caen, Clermont-Ferrand, Grenoble, La Réunion, Limoges, Nancy, Orléans-Tours, Reims, Strasbourg et Tours. Ces conventions peuvent être partielles et porter sur un certain type de projet, comme la carte culture à Tours ou la gestion d'un lieu à Nancy. Elles peuvent aussi être globales et concerner l'ensemble des actions : c'est le cas à Reims et à Caen. La répartition des territoires d'intervention ne facilite pas toujours l'élaboration des partenariats. En effet, 28 Crous et 11 Clous interviennent auprès des étudiants de 83 universités. Certains centre régionaux ou locaux n'ont qu'une université sur leur zone d'action, tandis que d'autres en ont jusqu'à cinq ou six, le cas extrême étant celui des huit universités parisiennes. A cela s'ajoute une complication supplémentaire née de la création, au cours des années 80, de nombreux sites universitaires dans des villes moyennes. Il faut compter enfin avec les difficultés nées de l'histoire, toujours singulière, des différents établissements. On imagine donc facilement que même lorsque la bonne volonté ne manque pas, il n'est pas toujours facile pour les uns et les autres de concevoir une politique culturelle globale où chacun trouverait sa juste place. Car c'est bien de cela qu'il s'agit aujourd'hui. On sait que les universités sont de plus en plus nombreuses à élaborer et conduire une politique d'action culturelle. De leur côté, les Crous ont multiplié leurs interventions et accompagné ce développement de leur action par une vaste politique d'équipement. Tous les Crous indiquent en effet disposer d'au moins un lieu à vocation plus ou moins culturelle. Dans les trois quarts des cas, il s'agit d'un équipement créé ou aménagé très récemment, c'est-à-dire depuis le début des années 90. Dans la même proportion, il s'agit non pas de salles de spectacles au sens strict, mais d'espaces d'expositions, de brasseries ou cafés permettant l'organisation d'animations théâtrales, musicales ou littéraires. Il est difficile de tirer des enseignements clairs des indications fournies concernant les budgets consacrés par les Crous à l'action culturelle. Il est en effet impossible, dans la plupart des cas, de distinguer les sommes utilisées pour le financement des projets de celles allouées éventuellement à la rémunération d'animateurs vacataires. A cela s'ajoute la difficulté d'évaluer, dans les crédits de fonctionnement des lieux culturels, certains frais pris en charge par des résidences ou restaurants universitaires. La seule base d'appréciation fiable est donc dans les chiffres fournis par le Cnous : 6,5 MF, hors investissements, ont été consacrés cette année à l'action culturelle, et on estime que cette enveloppe est multipliée par trois grâce au mécanisme des co-financements. On obtient donc un budget total d'environ 20 MF, soit une moyenne de 700 KF par centre régional. S'il faut manier ce chiffre avec beaucoup de précautions du fait de la répartition des crédits sur la base du nombre d'étudiants, il n'en reste pas moins que cette somme est loin d'être négligeable. Il est tout aussi évident que grâce à ces crédits, les Crous sont devenus ou sont en passe de devenir des partenaires privilégiés dans le domaine du soutien aux initiatives étudiantes et dans l'animation culturelle des lieux de vie. C'est précisément ce que les services culturels des universités s'ont pas les moyens de faire, leur action étant davantage tournée vers un secteur où les Crous sont pour leur part impuissants : le travail de création en relation avec les enseignements, liée à la diffusion professionnelle en partenariat avec les structures environnantes. On voit ainsi se dessiner nettement les zones de compétences « naturelles » des uns et des autres. Établir des passerelles pourrait aider à aplanir bien des difficultés. Et s'il est vrai que les petits ruisseaux font les grandes rivières, la « goutte d'eau » que les Crous consacrent aux projets étudiants pourrait bien contribuer à alimenter le fleuve de l'action culturelle universitaire. Encore faudrait-il que chacun fasse en sorte que les bassins versants prennent la même direction.
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